Félix Mayol vers 1904

La Fifille a sa Mère

1905

Chanson - Paroles et musique de Paul Marinier

Chantée par Mayol. Versions chantées : voir Répertoire Mayol


Paroles

Un peu partout, on rencontre à la ronde
Ce ty'p charmant, oh combien !
De la p'tite jeune fille très bien
Qu'elle soit brune, rousse, châtaine ou blonde
C'est moralement
Toujours l'même signalement
Des siens elle fait la joie
Elle a des vertus à foison
Et la candeur d'une oie
C'est le bonheur de la maison

Elle ne sort jamais
Sans sa famille entière
Papa, maman
Tout l'tremblement
La p'tite fille à sa mère
Elle s'en va candide
Baissant les yeux
Car c'est très laid
Jeunes ou vieux
D'regarder les messieurs

Elle possède tout c'qu'il faut pour qu'on l'aime
Et des tas d'arts d'agréments
La fifille à sa maman
Aussi elle joue comme Rubinstein lui-même
De l'instrument cher
A c'bon Monsieur Reyer
Aussi dans chaqu' soirée
Elle y va d'son grand morceau
Toujours de longue durée
Tant plus qu'c'est long, tant plus qu'c'est beau

Elle exécute des sonates
Tout entières
Deguelando
Emmerlando
La fifille à sa mère
Et c'est si beau
Que lorsqu'au crescendo
Elle fait ré ré sur le piano
Tous les autres font dodo

De temps en temps on la conduit dans l'monde
Elle arbore avec fierté
Son premier p'tit décoll'té
Elle'montre au bal sa p'tit'peau rose et blonde
Décoll'té moral
C'est vraiment d'la peau d'bal
Elle est un peu limande
C'est comme chez le boucher parbleu
On n'a pas beaucoup d'viande
Mais des os autant qu'on en veut

Elle se trémouss', sautillante et légère
Ses p'tits appas
Marquant le pas
La fifille à sa mère
Et semble dire quand on veut l'approcher
R'gardez si ça vous fait loucher
Mais faut pas y toucher.

Elle fait aussi de façon fort gentille
D'la peinture à l'huile oui da
Comme mademoiselle Abbema
De l'aquarelle (Aquarell' les jeunes filles)
Et des bouquets de fleurs
De toutes les couleurs
Elle a fait tant d'autres choses
Le portrait de sa mère, un vrai amour
C'est beau, c'est blanc, c'est rose
Il n'manque plus que le persil autour

C'est étonnant vraiment tout ce qu'elle sait faire
D'la broderie
D'la tapisserie
La fifille à sa mère
Elle a orné l'paravent et surtout
Brodé l'paletot du p'tit toutou
Et tapissé partout.

Elle a grandi et s'lon la loi commune
Quand arrive le printemps
Elle rêve et soupire tout l'temps
Et le soir venu, quand elle regarde la lune
Sans savoir pourquoi
Elle a l'âme en émoi
Elle sent comme un fluide
Des p'tits frissons qui la font pâmer
Et dans son cœur un vide
Un p'tit vide qu'il faudra combler.

[Aussi on la marie]

Et le soir d'la noce
Le marié plein de mystère
Emporte alors
Comme un trésor
La fifille à sa mère
Pendant qu'il croit lui prendre sa vertu
Elle pense tout bas :
"Turlututu...
Y'a longtemps que je ne l'ai plus !"


Note : Le couplet et le refrain en gris ne sont pas chantés par Mayol sur l'enregistrement.