Le collectionneur de disques
(Coll. Jean-Yves Patte)

Les inclassables

Prenez un duo de Mistinguett et Henry Garat, d' Arletty et de Jean Aquistapace, un ensemble mettant en vedette Meg Lemonnier, René Koval, Jean Gabin et Jacqueline Francell, des chansons interprétées par des anonymes, un air d'accordéon avec chœur, un bout de film à demi chanté, ajoutez des enregistrements de chanteurs qui se nomment Zip, Antoinette, Olga Lekain, (sic), Yvanne Gilbert et même Tex, des chansons françaises chantées en anglais, des adaptations françaises de chansons américaines, des enregistrements privés qui ne devaient pas, à l'origine, être diffusés et saupoudrez le tout de pots-pourris, d'imitations et de parodies, mélangez le avec des choses que personne ne réussit à identifier ou carrément innommables et vous aurez très vite sous la main un méli-mélo qui ne peut être classé autrement que sous la lettre "I" de votre collection, - "I" pour "Inclassables" - à moins que vous en déposiez, dans le cas des duos, une copie dans la section Mistinguett, une autre dans les fichiers se rapportant à Garat, même chose pour Arletty et Aquistapace, mais quand vous en serez à douze, quinze, vingt sous-sections, vous ferez ce que nous avons fait depuis longtemps : vous les mettrez tous ensemble sous la rubrique "À classer" ce que, évidemment, comme nous, vous ne classerez jamais.

C'est à la découverte des fichiers contenus dans nos classeurs ainsi identifiés - avec les notes approximatives qu'ils contiennent - que nous aimerions vous convier dans cette page.

Bonne écoute ! (Et si vous avez des informations qui pourraient nous permettre de les déposer plus convenablement, n'hésitez pas à nous les communiquer.)

Les webmestres.

Note : les enregistrements qui suivent sont classés de l'ajout le plus récent au plus ancien.

Joachim Guillaume "Willie" Lamothe


09

Parmi les chanteurs populaires québécois, il y en a eu un qui, pendant presque quarante ans, a détenu le record du plus grand vendeur de disques dans tout le Canada (de disques enregistrés au Canada par un Canadien) : du milieu des années quarante jusqu'au début des années quatre-vingt.

Connu ? Vous n'avez, encore aujourd'hui, qu'à mentionner son nom pour que quelqu'un se mette à chanter une des 500 chansons de son répertoire. Il fut le premier chanteur canadien à donner un récital dans le Grand Ole Opry de Nashville (USA) la mecque de la musique "Country" américaine.

Des centaines d'enregistrements, des milliers de spectacles dans toute la Province, une série télévisée et... pour en ajouter un peu plus, il faut souligner qu'il fut un excellent comédien.

Le voici, dans un des ses premiers grands succès, enregistré en 1944 (mis en marché par la firme RCA Bluebird [numéro 55 5259] au début de 1945). - "Je chante à cheval" (si, si : vous avez lu correctement car le Monsieur était un chanteur "Western").

Son nom ? Joachim Guillaume Lamothe dit "Willie" Lamothe (1920-1992) : une véritable légende.

Willie Lamothe - "Je chante à cheval"

Georges Thill


08

"Chansons de Paris". Il y en a eu plusieurs mais il s'agit ici du film de Jacques de Baroncelli sur un scénario d'André-Paul Antoine et Henry Dupuis-Mazuel avec musique de Maurice Yvain (lyrics de Max Blot) qui avait pour but de mettre en vedette un certain Georges Thill. À ses côtés une certaine Louisa de Mornand que les amateurs de Proust reconnaîtront d'emblée. Un des rares excursions du grand ténor dans la comédie musicale.

Georges Thill - "Chansons de Paris"

Jacques Normand


07

Peu connu en France, ayant pourtant gagné plusieurs concours d'amateurs dans les années trente, à Paris, (dont celui de Radio-Cité en 1934), Jean Rafa (1910-1998) connut ses heures de gloire au Canada à partir de la fin des années quarante. Auteur prolifique, interprète, créateur de la "chanson-minute", il fut pendant des années un des animateurs de cabarets parmi les plus connus dans la Province de Québec avec ses amis, Émile Prud'Homme (l'accordéoniste), Jacques Normand, Roger Baulu, Gilles Pellerin etc. (plus ses autres amis "de passage" : Charles Trenet, Charles Aznavour, Bourvil, Edith Piaf, Patachou...) un des pilliers de la chanson québécoise (sic !) qui se voulait différente de celle de Paris. La preuve : cette composition de lui (et de son ami Prud'homme), enregistrée en 1949 par Jacques Normand et qui s'intitule "Les nuits de Montréal". Étiquette RCA Victor 56 5179.

Jacques Normand - "Les nuits de Montréal"


06

C'est en effectuant des recherches sur la discographie d'Esther Lekain que nous tombés sur un enregistrement de sa sœur qui l'accompagnait plus ou moins régulièrement au piano. - Son nom ? Olga. - Olga Lekain dont la carrière semble, contrairement à sa sœur Esther, avoir été très brève, du moins en tant qu'interprète. - C'est d'ailleurs le seul dont nous avons entendu parler mais les catalogues des disques Ideal sont rares...

Il s'agit d'un enregistrement datant des années trente, paroles d'Alex Farel, musique de Charles Borel-Clerc, intitulé "Sans amour", publié par la firme précitée (n° 12.235), qu'un fantaisiste producteur a jugé bon de qualifier de "Slow fox". - Enfin : vous jugerez par vous-même. - Orchestre Guttinger.

Olga Lekain - "Sans amour"

De la collection de feu Marc Béghin.

Louis Ferdinand-Céline


05

Inclassable parmi les inclassables, voici un enregistrement extrait d'un 33 T mis en marché en 1957 (étiquette Vogue) et qui mettait en vedette Michel Simon récitant le début du Voyage au bout de la nuit et Arletty, Le certificat d'étude et Le départ pour l'Angleterre de Mort à crédit de Louis Ferdinand Céline.

Une fois leurs prestations terminées (en présence de l'auteur),Arletty demanda à Céline s'il avait écrit des chansons. "Bien sûr" répondit le docteur et il se mit à chanter "Le règlement" puis "Au noeud coulant", écrits en 1937. - Plus tard, on y ajouta de la musique (J. Nocetti). Cela se passait en 1953.

De ces deux enregistrements, voici "Le règlement" que nous insérons ici à l'occasion du cinquantième anniversaire (premier juillet prochain) de la mort de l'auteur de Guignol's band, Féérie pour une autre fois, D'un château à l'autre, Nord, Rigodon...

Louis-Ferdinand Céline - "Le règlement" - 1953


04

Un enregistrement de Mistinguett aujourd'hui mais pas n'importe lequel : un des rares duos qu'elle a enregistrés avec Henri Garat. - Paroles d'un certain Grey (?), musique d'Edmond Mathieux qui accompagnent les deux avec un orchestre connu alors sous le nom de Melodic Jazz. - Retrouvé, par hasard,sur une cassette non identifiée mais dont les enregistrements ont, depuis, été transférés, à l'abri de tout, en mp3.
Selon nos notes, ça aurait été repiqué sur un CD - depuis longtemps épuisé - de marque Chansophone, sous le numéro 124 en 1992, il y a... dix-neuf ans.

Selon Martin Pénet (monumentale biographie intitulée Mistinguett, la Reine du Music-Hall - Du Rocher, 1995) ce n'est pas avec Garat que la Miss aurait créé cette chanson mais avec Earl Leslie au Casino de Paris, le 12 novembre 1929. - Dans une revue, Paris Miss, mais dans laquelle paraissait Garat...
Ça s'intitule tout simplement "Oui".
Qu'importe ? C'est gentil comme tout et même séduisant.
On classe dans : Mistinguett, Garat, Earl Leslie, Paris Miss, Grey, Matthieu et Melodic Jazz.

Disque Odéon n° 166239, enregistré à Paris en 1929


03

Aucun rapport entre le titre de l'enregistrement qui suit et le village du même nom situé à près de 400 kilomètres au nord-est de Montréal, village fondé en 1928 par la Shawinigan Water and Power Corporation (nationalisée en 1962), fermé en 1971 suite à l'automatisation de la centrale électrique de La Trenche mais qui devint célèbre du jour en lendemain, vers la fin des années quarante, quand un chanteur-animateur de soirées canadiennes, un certain Oscar Thiffault inséra son nom dans une chanson qui fit le tour du Québec, le temps de dire "le tour du Québec". - Cela s'est passé à une époque où le Canada-Français était officiellement catholique pratiquant, c'est-à-dire d'une grande pruderie, et ses paroles, inspirées d'une vielle chanson française (où il était question d'un moine...), firent scandale - officiellement - sauf que, dans les soirées spontannées, dans celles qui se déroulaient régulièrement dans toutes les familles de tous les villages à l'occasion de fiançailles, mariages, naissances, pendant le long congé de Noël et du Jour de l'An et sans doute même à Pâques, elle se répandit comme de la poudre. Endisqué par son créateur, en 1950, elle se vendit à des milliers d'exemplaires.

C'était il y a soixante et quelques années et, si le village a disparu, la chanson, elle, est restée de même que plusieurs autres créées et chantées par son légendaire auteur-compositeur-interprète, on peut encore aujourd'hui la retrouver dans plusieurs compilations et même sur des CD consacrés au plus grands succès d'Oscar Thiffault.

Sur Oscar Thiffault (1912-1998) voir la page suivante :
http://www.udenap.org/groupe_de_pages_04/thiffault_oscar.htm

Sur le village du Rapide Blanc :
http://www.lerapideblanc.com/

La chanson ? "Le Rapide Blanc", bien sûr. - La voici, sexagénaire, telle qu'elle est toujours connue et régulièrement chantée dans tous les coins et recoins de la Province :

Disque Apex n° 17084-B, enregistré à Montréal en 1954


02

L'enregistrement qui suit est un défi de taille pour qui voudrait absolument l'insérer dans un casier spécifique.

Il a d'abord été publié chez Lumen, une compagnie longtemps spécialisée dans la musique religieuse (chorales, hymnes, pièces pour orgue) et qui fut un temps impliqué dans la diffusion de chants scouts. - Il fait partie d'une collection dite "Histoire sonore de la France" (du XIVe au XIXe siècle) dans laquelle on retrouve des œuvres de - tenez-vous bien - : Henri IV, Clément Marot, Pierre Guedron, J. Lefèvre, Jean-Baptiste Lully, Molière, Maitre Adam et... Marie-Antoinette ! - Cette collection semble ne pas avoir été publiée en coffrets qui auraient pu contenir, d'après les numéros de ses 78t, six ou sept disques chacun, sans doute à cause des restrictions de l'époque puisqu'elle a été mise en marchée vers les années 1941-42.

Et puis y'a le directeur de cette collection qui n'a pas laissé beaucoup de traces : un certain Pierre d'Anjou, sans doute l'auteur d'une autre "Histoire de la chanson française", écrite celle-là, dont nous connaissons l'existence d'un seul volume et que nous n'avons jamais pu consulter), le XVIIe de la série, qui s'intitule "Au temps du chat noir" (Paris, La Lyre chansonnière et Henri Lemoine et Cie".

Jusque là tout se tient, y compris le signe du BIEM (Bureau International de l'Édition Mécanique) sur l'étiquette, un numéro, le 2.56.106 qui correspond à ceux des autres rares disques retrouvés de la série mais voilà : y'a le titre, "En revenant d'la revue" (dans la même collection où se trouve une pièce attribuée à Marie-Antoinette ?), l'interprète, Renée Lenoty ("Renée" avec un "e", au féminin) et l'orchestre, celle de Marcel Cariven qui a fait beaucoup d'accompagnement mais peu dans ce genre.

Évidemment, il s'agit de René (sans "e") Lenoty qui a chanté l'opérette sur toutes les scènes pendant longtemps mais comment et où classer ce qui suit qui n'est vtraiment pas du véritable répertoire de ce René... ?

Disque Lumen n° 2.56.106, enregsitré circa 1942

Adolphe Bérard


01a et 01b

Voici deux enregistrements inséparables dont le premier rend le deuxième inclassable.

Les paroles sont d'Étienne Joullot, la musique est d'Émile, Alexis, Xavier Spencer (né à Bruxelles en 1859, décédé à Paris en 1921), l'inoubliable compositeur qui a consacré son immense talent à des chansons destinées à des interprètes comme  : Paulus ("En r'venant d'Surennes" - paroles de Joinneau et Delattre) ; Jeanne Bloch ("Côté pile, côté face" - paroles de Léon Garnier et Eugène Rimbault) ; Yvette Guilbert ("Le rapin", "Les conseils de la grande sœur"...) ; Sulbac ("Voulez-vous des z'homards" - paroles de Frédéric Muffat et Desmarets) ; Polin ("L'anatomie du conscrit" - paroles d'Eugène Rimbault) et même Dranem à qui il a donné deux grands succès : "Les p'tits pois" - paroles de Félix Montreuil - et "La jambe en bois" - paroles de Plébus et Louis Maubon.

Prolifique comme il l'était (on parle de 4 000 chansons...), il se devait d'apposer son sceau d'originalité sur certaines chansons du génial Bérard et cela a donné : "La fée verte", "Vautour d'enfer", l'inoubliable " Océan" (paroles de Marcel Bertal et Louis Maubon) et cette déliceuse "Gervaise", titre de notre premier "inclassable" :

Depuis que tu m'as quitté Gervaise
Désertant le logis un soir
Me trouvant seul dans la fournaise
J'suis retrourné à l'Assommoir
J'ai bu l'absinth. comme une brutte
Au fond du verr' cherchant l'oubli
Et maintenant fini' la lutte
je sius heureux, j'n'ai plus d'souci
J'suis gai
Je vois la vie en rose
Je ris...

Pour le premier de nos deux enregistrements, pas de difficultés : il s'agit de celui de son créateur.

Le deuxième est d'origine inconnue, d'un chanteur inconnue que nous avons retrouvé copié sur un CD tombé, comme on dit chez nous "d'un camion". On pourrait penser à Dona mais ce n'est pas lui et Reda Caire de même que Jean Lumière venat à peine de naître quand ce fut endisqué. - Reste à savoir qui a rendu avec le plus d'émotion cet indescriptible mélodrame.

Adolphe Bérard : Disque Odéon n° X 60400 - 1907


Marque inconnue, interprète inconnu et date inconnue