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Céleste Mogador
rtiste, danseuse et chanteuse, courtisane, comédienne, mémorialiste, romancière, directrice de théâtre, fondatrice des Sœurs de France pendant le siège de Paris en 1870, dramaturge...
Comment, avec une telle polyvalence, se retrouve-t-on dans cette série de pages d'un site consacré à la chanson française de 1870 à 1950 ?
C'est que la dame a une histoire ! Voire même celle de l'inventeuse d'une nouvelle danse, que l'on nomme le Quadrille ou Cancan excentrique (voir à French Cancan Histoire) qui fut le véritable ancêtre du French Cancan !
Née à Paris, a 8e,le 27 décembre 1824, Élisabeth-Céleste Venard fille de Anne-Victoire Venard et de père non dénommé. [*]
Plutôt indépendante, elle préfère les jeux de garçons au détriment de l'école, qu'elle fait buissonnière, pour mieux trainer dans le quartier du boulevard du Temple. Sa mère, collectionne les compagnons et considère les liaisons comme des compléments de ressources. Ils souvent violents avec elle et sa fille. Après une
tentative de viol de la part de son deuxième beau-père, elle en parle à sa mère, qui en réaction, envisage de la marier. Céleste va errer seule, dans la rue où elle sera recueillie par Thérèse, une fille publique, se fera arrêter et connaîtra la prison de Saint-Lazare. Ce séjour la convainc de tout faire pour échapper à la misère, une seule solution, la prostitution. Ainsi, au risque de mariage forcé, Céleste préfèrera la prostitution, et
figurera de ce fait dès l'âge de seize ans, sous le numéro 3748 sur le registre de la préfecture de police, dont elle dira en l'écrivant plus tard: "J'étais inscrite sur ce livre infernal d'où rien ne vous efface, pas même
la mort".
Note [*] : Comme le précise son acte de naissance (image n°5) et non dans une famille (sic) de commerçants en mobilier comme on peut le lire partout ! Le père est certes "non dénommé". Mais il est connu pourtant : c'est un artisan chapelier installé rue du Puits (actuelle rue Aubriot) où Anne-Victoire, la mère de Céleste était employée, qui les abandonnera à leur triste sort.
Aspirant à changer de condition, alors malade, elle doit quitter la maison de passe. Elle
recouvrira la santé grâce à une donation de l'un de ses clients. Elle se rêve actrice, mais quelques rôles obtenus ne sont pas suffisamment rémunérateur pour assurer sa subsistance. Excellente
danseuse, elle attire grâce à sa polka autrichienne un public nombreux au bal Mabille.
C'est le danseur Brididi qui lui a enseigné à danser la polka, en août 1844, en pleine guerre de la France avec le Maroc, au moment où le prince de Joinville bombarde la ville de Mogador (Essaouira), Brididi la surnomme La Mogador, à cause des œillades dont elle était "bombardée". Son surnom de Mogador lui vient de cette époque. Grâce à ces succès, elle réussit à s'élever au rang de courtisane, et à fréquenter les "gens du monde" et devient La galante Mogador !
Vers 1845-1846, initiée à l'équitation, elle devient écuyère à l'Hippodrome de l'Etoile et donne un spectacle équestre qui connaît un grand succès. Une chute de cheval met un frein à sa carrière. Oubliée, redevenue une prostituée de rue et en proie à des tentations suicidaires, elle fait la connaissance d'un
jeune noble dépensier et endetté, Paul Josselin Lionel Guigues de Moreton de Chabrillan, petit-fils du comte de Choiseul-Beaupré, héritier par son père, du château du Magnet à Mers-sur-Indre (36 - Indre).
Le château du Magnet à Mers-sur-Indre
S'ensuit une liaison houleuse. Céleste alterne les séjours dans le Berry et à Paris, où elle fréquente les salons
et rencontre notamment toute la bohème romantique, Théophile Gautier, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas... Voulant disposer de son propre pied-à-terre, elle achète, l'Ermitage de la Maison Rouge, une maison au Poinçonnet (36 - Indre), à une bonne vingtaine de kilomètres au nord de Mers.
Quant à Lionel de Chabrillan, pousuivi par ses créanciers, il accepte
en 1852 un poste de consul en Australie dont il revient en 1854 et épouse alors Céleste Venard à Londres, avant de repartir avec elle en Australie.
Une photographie des frères Mayer la montre, devenue comtesse de Chabrillan, à cette époque. La parution de ses Mémoires qu'elle venait de rédiger va rendre difficile la position de consul de son mari. Ainsi, elle revient rapidement en France tandis que Lionel meurt en 1858.
N'ayant pas les moyens de faire revenir le corps de son époux d'Australie, elle fait ériger une croix sur
la route conduisant du Poinçonnet à la forêt de Châteauroux. La famille de Chabrillan lui propose une rente
en échange de sa renonciation à son titre de comtesse de Chabrillan. Elle refuse !
Commence alors, une nouvelle phase de sa vie. Contrainte de vendre sa maison du
Poinçonnet, elle s'installe à nouveau à Paris, où elle entame une carrière de romancière et
autrice de théâtre. Entre autres :
Les Voleurs d'or (1857), inspiré de son voyage en Australie, qui reçoit un bon accueil critique.
Emigrants et déportés (1876)
La Duchesse de Mers (1881).
Elle écrit également des poèmes et des chansons. En 1862, elle achète le théâtre des Folies-Marigny, qui fermera après deux saisons. Puis, Céleste sera directrice du Théâtre des Nouveautés de 1869 jusqu’au début des années 1870.
Elle tiendra ensuite une minuscule boutique au fond du passage de l’Opéra, une boutique dans laquelle on ne vend rien, mais qui est son gîte : celui de la célèbre Mogador, ou plutôt de la très noble et honnête dame Lionel de Moreton, comtesse de Chabrillan... Cette boutique est un cabinet de lecture plus spécialement consacré aux journaux et aux revues. On consomme sur place. La clientèle est fidèle et nombreuse. Plus d’un parmi les abonnés de son cabinet de lecture revivait sa jeunesse à la vue de cette encore jolie vieille femme, toujours de noir vêtue et dont la chevelure complètement blanche donnait à sa personne une indéniable distinction. Pourtant elle vieillissait, elle s'aigrissait, sa gêne tournait de plus en plus à la misère. Elle était devenue très sale et elle buvait, mais elle avait, paraît-il, toujours grande allure sous ses cheveux blancs.
Céleste Venard, dame Lionel de Moreton, comtesse de Chabrillan, dite Céleste Mogador finira ses jours à la maison de retraite l'asile de la Providence, rue des Martyrs, Paris 18e, où elle s'éteindra le 18 février 1909.
"Dans ton rapide essor,
Je te suis Mogador,
Partage mon destin,
Fille des cieux… et du quartier Latin.
En te faisant si belle d’élégance,
Ton père eût dû songer en même temps
À te doter d’un contrat d’assurance
Contre la grêle… et d’autres accidents".