Madame Graindor



Chantée par :







Merci à Claire Simon-Boidot pour les sources,
le petit format et la saisie des paroles.

Le train des amours

ca 1877

Chansonnette créée par Mme Graindor [*] à la Scala.

Paroles de A. Siegel et musique de Gustave Michiels.

[*] Mme Graindor était l'épouse de Gustave Michiels.


Paroles

L'après-midi du jour de notre mariage,
Il me fallut ôter tous mes blancs falbalas,
Quitter voile et bouquet ; aujourd'hui c'est l'usage
Ici l'on se marie on va s'aimer là-bas.
Une fois en wagon : "Le train qui nous emporte,
C'est le train des amours", me dit tout bas Gontran,
"Qu'avez-vous donc ma chère, à trembler de la sorte ?"
"C'est que... je n'ai jamais voyagé sans maman."
Et de ma frayeur il s'amuse ;
Seule avec lui j'étais confuse.
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Le terrible train que le train des amours !
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Le terrible train que le train des amours !

Mais au premier arrêt, une vieille bavarde
Avec nous deux monta, se mit à nous parler,
Et nous dit : "Jeunes gens, je vois bien qu'il vous tarde
"De ce compartiment de me voir m'en aller.
"Dans mon temps, je prisais aussi la solitude...
"La solitude à deux s'entend !" Elle reprit :
"Mais j'ai pitié de vous, car je ne suis pas prude."
Quand le train s'arrêta, la vieille descendit.
Tout haut je dis : "Restez, madame !"
Tout bas, je pensais : "Brave femme !"
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Ah ! Comme l'on ment dans le train des amours !
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Ah ! Comme l'on ment dans le train des amours !

Mais le ciel ne voulait pas nous être propice :
La vieille descendue, un voyageur survint.
Puis une voyageuse, un bébé, sa nourrice.
Le voyageur grognon eut l'enfant pour voisin.
Plein d'humeur il nous dit d'une voix bien sonore :
"Quand on a des enfants, on les laisse chez soi !"
"Mais nous n'en avons pas" dit Gontran "pas encore !"
Moi je l'interrompis : "Taisez-vous !... ah ! tais-toi !"
Et pour mieux se faire comprendre,
Il me regardait d'un œil tendre.
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Comme on se trahit dans le train des amours !
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Comme on se trahit dans le train des amours !

Puis on redescendit, nous laissant seuls ensemble ;
Gontran me prend la main que je lui refusais ;
Pendant que, de nouveau, seule avec lui, je tremble,
Arrive un employé qui nous dit : "Vos billets !"
Au mien j'avais donné mon gant comme cachette...
Mes doigts nus tiennent ceux de Gontran tout ému...
Baissant les yeux, je vois mon gant sous la banquette
Et, dans mon gant fripé, mon billet tout tordu.
Et l'employé se mit à rire...
Nous nous regardions sans rien dire...
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Le singulier train que le train des amours !
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Le singulier train que le train des amours !

Plus loin, sous un tunnel, voilà que le train passe ;
Beaucoup de compagnons nous étaient survenus ;
Et chacun entendit résonner dans l'espace
Comme un bruit de baisers, bruit léger, bruit confus
Mais, le tunnel passé, la poitrine oppressée,
Nous n'osions pas nous voir quand nous avons osé.
Moi, ma voilette blanche était toute froissée,
Lui, sa moustache avait un côté défrisé !
Ce n'était pas nous je le jure,
Du moins... je crois en être sûre !...
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Ah ! le charmant train que le train des amours !
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Ah ! le charmant train que le train des amours !

Je vis avec terreur s'avancer la journée :
Dans ce train nous devions tous deux passer la nuit
Malgré nos compagnons j'étais toute alarmée.
Ma foi, j'eus presque peur quand le soleil s'enfuit.
Et je me rappelais ma chambre toute blanche
Où, jeune fille encor, vingt ans j'avais dormi.
Lorsque Gontran me dit : Que ta tête se penche
Sur le bras d'un époux, d'un soutien, d'un ami !
Et, sans rien répondre, est-ce drôle ?
Je m'endormis sur son épaule...
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Qu'il fait bon dormir dans le train des amours !
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Qu'il fait bon dormir dans le train des amours !

Puis le train s'arrêta ; nous trouvâmes un gîte.
La chambre d'hôtel sur la gare donnait ;
À la fenêtre, alors, en nous mettant bien vite,
Nous vîmes notre train qui, sans nous repartait.
Et pendant que Gontran embrassait plein de fièvre
Ma main droite, un baiser fit deux fois ce chemin.
Sur ma main gauche ouverte il jaillit de ma lèvre,
Par la fenêtre ensuite il vola vers le train.
Je fis passer mon âme
Dans ce premier baiser de femme.
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Ah ! Béni sois-tu, charmant train des amours !
Et le train roulait, roulait, roulait, roulait toujours !
Ah ! Béni sois-tu, charmant train des amours !