couverture du petit format Le Temps des cerises

partition de Le Temps des cerises

texte de Le Temps des cerises





portrait de Jean-Baptiste Clément

Jean Baptiste-Clément
1836 - 1903



A. Renard lisant une partition

Antoine Renard
1825 - 1872



caricarure d'A. Renard par Carjat

Antoine Renard
par Etienne Carjat

01  LE TEMPS DES CERISES

1868 - Paroles de Jean-Baptiste Clément, musique d'Antoine Renard.

Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête...


uoi de mieux que de débuter une série qui se rapporte aux années 1870 à 1945 avec une première chanson datant du XVIIIe siècle et puis de continuer avec une autre datant datant de 1868, dont le texte a été écrit en 1866, qui n'est devenue vraiment populaire qu'en 1872 et qui a finalement été associée à la Commune (18 mars - 27 mai 1871) que treize ans plus tard, en 1885.

Elle est devenue cependant, de cette Commune, son hymne, et ce, dans des circonstances sur lesquelles les historiens ne s'entendent pas tous. - Son lien, avec elle, a été assuré par l'auteur (Jean Baptiste Clément), lors de la publication, en 1885, de ses Chansons choisies, lorsqu'il la dédia à "La vaillante citoyenne Louise, ambulancière de la rue Fontaine-au-roi, le dimanche 26 mai 1871" :

"Puisque cette chanson a couru les lieux, j'ai tenu à la dédier à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage ! Le fait suivant est de ceux qu'on n'oublie jamais : le dimanche 28 mai 1871, alors que tout Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.

"Il y avait là, mal retranchés derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels se trouvaient les deux frères Ferré, le citoyen Gambon, des jeunes gens de dix-sept à vingt ans et des barbes grises qui avaient échappé aux fusillades de 48 et au massacre du coup d'état.

"Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main. Nous lui demandâmes d'où elle venait, ce qu'elle venait faire et pourquoi elle s'exposait ainsi ?

"Elle nous répondit avec la plus grande simplicité qu'elle était ambulancière et que la barricade de la rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n'avions pas besoin de ses services.

"Un vieux de 48, qui n'a pas survécu à 71, la prit par le cou et l'embrassa.

"Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter. Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile. deux de nos camarades tombaient, frappés, l'un, d'une balle dans l'épaule, l'autre au milieu du front... J'en passe !

"Quand nous décidâmes de nous retirer, s'il en était temps encore, il fallu supplier la vaillante fille pour qu'elle consentit à quitter la place.

"Nous sûmes seulement qu'elle s'appelait Louise et qu'elle était ouvrière. Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre !

"Qu'est-elle devenue ? A-t-elle été, avec tant d'autres filles, fusillée par les Versaillais ?

"N'était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier la chanson la plus populaire de toutes celles que contient ce volume ?"

La musique est d'Antoine Renard.


Note

Trois ou quatre couplets ?

Dans Aux sources des chansons populaires (Belin, 1984 - pages 153 et 154), Martine David et Anne-Marie Delrieu mentionnent que les quatre couplets figuraient déjà dans la première édition publiée en 1868 (Chez Ergot... à Bruxelles [?]).

Dans Sur les traces des Communards (Éditions ouvrières [Amis de la Commune], 1988), un fidèle lecteur, M. P. Boisseau, nous rapporte y avoir lu - texte de Jean Braire - que "Jean Baptiste Clément en aurait rédigé dans un premier temps les trois premiers couplets [et qu']il les aurait remaniés après, en y ajoutant le 4ème qui fait implicitement référence à [cet épisode de la Commune]".

Des citations comme celles-là, il y en a plusieurs, dans les deux sens, notamment dans de nombreux volumes sur... la Commune.

Mais le mot "implicitement" en rapport avec cette Commune, nous fait sourire :

Ce quatrième couplet, le voici :

J'aimerai toujours le temps des cerises
C'est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte.
Et dame Fortune, en m'étant offerte
Ne saurait jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur.

Pas très communard, n'est-ce pas ?

Chose certaine : Jean-Baptise Clément ne peut avoir rédigé sa fameuse dédicace, "À la vaillante citoyenne Louise, ambulancière de la rue Fontaine-au-roi, le dimanche 26 mai 1871" (citée ci-dessus) en 1868... - D'où peut-être cette confusion.

Mais puisqu'on en est là, il faut remarquer - voir le petit format à gauche, en haut de cette page, publié non pas chez Ergot mais chez Émile Benoît, à Paris, que le nom du compositeur, Antoine Renard, est bien en évidence par rapport à l'auteur J. B. Clément. Ce petit format n'est malheureusement pas daté et c'est dommage, car il aurait peut-être servi à éclaircir un autre mystère concernant cette chanson : celui de sa propriété... car - puisque l'on en est aux rumeurs et ragots - la légende veut que Clément aurait échanger ses droits d'auteur contre une pelisse que Renard lui aurait remis alors qu'il se trouvait dans la dèche, à Bruxelles... Alors comment se fait-il que, dans son premier recueil ("Chansons choisies") , publié en 1885, il ait pu se permettre :

a) de l'inclure, sous son nom,
b) de la dédicacer ? Surtout que le petit format ci-contre contient déjà un "Hommage à Mlle Pierat [de la Comédie Française]". Une petite amie de Renard ? De Renard, mort en 1872 ?

Et si on se contentait d'écouter ?

Les auteurs.

P.-S. : Dans l'"Aux sources des chansons populaires" cité ci-dessus, ce cher Renard, est décrit comme étant, au moment de l'échange, un "ancien chanteur de l'Opéra de Paris, un ténor au Palais de Cristal qui faisait ses dernières armes au Casino des Galeries Saint Hubert". - Qui dit mieux ?


Quelle que soit sa petite histoire, "Le temps des cerises", à l'origine sous-titrée "romance", figurerait au tout premier plan dans n'importe quel palmarès de dix des plus grandes chansons françaises.

Elle aurait été créée par son compositeur qui, ex-chanteur d'opéra, se produisait à l'époque dans de nombreux cafés-concerts belges... - C'est plausible. - Ce que l'on sait pour sûr, c'est qu'elle faisait partie de son programme, à Paris, à l'Eldorado en 1868. - Voir à ce propos les Mémoires de Paulus, chapitre 3.

Son premier enregistrement, selon Jean-Claude Klein (Florilège de la chanson française, Bordas - 1990 - voir Bibliographie) aurait été fait par le ténor Augustarello Affre pour la marque A.P.G.A. en 1908 mais on sait que cet enregistrement a été précédé de plusieurs autres notamment par ceux de : Maréchal en 1898, Francis Marty, la même année, Petrus en 1900, Odette Dulac en 1901, Soulacroix, Affre et Moratore en 1904, Mercadier en 1905, Welldy en 1906, etc. (Mémoire de la chanson, Martin Pénet - voir Bibliographie) [*].

[*] La liste d'enregistrements du Temps des cerises compilée par Martin Penet contient 106 références et ne cite pas, entre autres, les versions live (on en connaît deux par Yves Montand), diverses versions instrumentales, les versions postérieures à l'an 1999, etc.

Ses grands interprètes populaires demeurent Vaguet (1909), Fred Gouin (1928), Reda Caire (1932), Tino Rossi (1938), Yves Montand (1955)... - Mouloudji en a fait une version remarquable (en 1959) de même que Marc Ogeret (en 1968)... - Charles Trenet en a fait une version swing en 1942, Charpini et Brancato en ont fait une parodie en 1937... et nous pourrions continuer comme cela longtemps.

La version que nous proposons est celle de Jean Lumière (1907-1979) qui date de 1947 (février ou mars) :

Disque Pacific/Vogue - n° 2111

À noter, en 1886, un pastiche intitulé "Le temps des crises" écrit par Jules Jouy :

Vous regretterez le beau temps des crises
Quand pauvres sans pains et riches gavés
Les drapeaux de Mars flotteront aux brises
Les drapeaux vermeils sur qui vous bavez
Quand viendront le peuple en haut des pavés...


Voir également à Odette Dulac pour une version sur cylindre datant de circa 1904.