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Emma Albani

omaine ?... Euh non ! Milanaise ?... Pas mieux ! Ni Florentine, ni Vénitienne, même pas Napolitaine... Mais authentique Québécoise, Marie-Louise-Emma-Cécile Lajeunesse, naît à Chambly (Québec - Canada) le jour de la Toussaint de 1847, d'un couple de musiciens. Son père est professionnel, professeur de harpe, de piano et d'orgue. Sa mère est pianiste amatrice et va l'initier au piano, comme Cornélia, sa sœur cadette qui deviendra musicienne professionnelle (et plus tard son accomppagnatrice). Enfin, elles eurent un frère qui sera prêtre. La maman décède en couches et la famille s'en va à Montréal. Septembre 1856 fera date, Emma a neuf ans et se produit pour la première fois en public comme chanteuse et pianiste à Montréal.

Dès 1858, les deux filles deviennent pensionnaires au couvent du Sacré-Cœur, au Sault-au-Récollet. [*] Elles n'ont pas les moyens de fréquenter cet établissement réservé aux filles de la bourgeoisie, mais elles y sont acceptées pour leurs talents musicaux exceptionnels et également parce que leur père y est professeur de musique.... Emma se perfectionne au piano et apprend la harpe.

Voulant parfaire sa formation musicale et enrichir ses aptitudes de cantatrice , la demoiselle Lajeunesse se heurte à l'absence d'institutions adéquates pour atteindre cet objectif, puis aux condamnations du clergé catholique et des journaux conservateurs contre le milieu artistique et enfin à l'appel de la vocation à entrer dans les ordres.

Finalement, une religieuse du couvent, originaire de Milan, la persuadera de se donner à la musique. Il faut alors songer à se tourner vers l'étranger. L'Europe s'impose mais il faut des moyens ! En 1862, en compagnie de sa sœur, Emma se produit à la salle de l’Institut des Artisans de Montréal. Le journal La Minerve parle d'une "voix qu'on dirait exilée du ciel". ! 1865, nouveau déménagement, mais cette fois aux Etats Unis, à Albany (état de New York). Emma y sera soprano, à l'église catholique Saint-Joseph afin de gagner l'argent nécessaire à la poursuite de ses études. Elle y rencontre et découvre le répertoire sacré des grands compositeurs, tels que Mozart, Beethoven, Cherubini... Son talent impressionne ! L'évêque d'Albany, organise des concerts à bénéfices, pour l'aider à accomplir son rêve européen. 1868, grâce aussi aux économies de son père, Emma s'en va à Paris. elle étudie pendant six mois auprès du célèbre ténor Gilbert Duprez au Conservatoire de Paris. Puis ce sera Milan, pour étudier la technique de chant italienne avec le maestro Francesco Lamperti qui lui fera accomplir de substantiels progrès dans le chant et restera son mentor pour toute sa carrière. Delorenzi, son professeur d'élocution lui conseille de changer de nom pour sonner plus européen. c'est là qu'Emma Lajeunesse devient Emma Albani ! Elle a besoin de revenus et Lamperti va accepter qu'elle fasse ses débuts à l'opéra.

Note [*] : le Sault-au-Récollet est un quartier de l'île de Montréal.

Viennent alors, les débuts à Messine (Sicile - Italie) en 1869, au Teatro Vittorio Emanuele II, dans La Regina di Golconda, Ensuite dans Un ballo in maschera de Giuseppe Verdi, dans La sonnambula, de Vincenzo Bellini. Grand succès : 15 rappels ! Et la presse est très élogieuse !

Et que pleuvent les gentils petits noms : la "fille de Bellini", le "serin d'Amérique" ou encore le "doux rossignol canadien". Au Québec, elle est la "fleur nationale" !

En tournée à Malte, Emma rencontre le directeur du londonnien prestigieux Royal Italian Opera (futur Covent Garden), Frederick Gye, (dont elle épousera le fils, Ernest, alors qu'il vient de succéder à son père, en 1878).

Le 2 avril 1872, de retour de Florence (Toscane - Italie), grands débuts anglais dans La sonnambula, de Vincenzo Bellini. Eloges ! La presse londonnienne parle de "la voix de soprano authentique".

Emma Albani devient là, la première Canadienne de l'histoire à monter sur la scène du Covent Garden, qu'elle fera vivre pendant vingt ans, entre 1872 et 1896. Entre 1874 et 1875, une grande tournée est organisée dans plusieurs villes américaines : New York, Philadelphie, Boston, Brooklyn (New York), Chicago, Saint-Louis et Indianapolis. La tournée aux États-Unis est d'ailleurs l'occasion pour elle de se familiariser avec le répertoire wagnérien, chanté en italien à l'époque. Elle se rend même en Allemagne, à Dresde et à Munich, où, avec Franz Wüllner, elle étudie des rôles du répertoire opératique de Wagner. Devant l'engouement des Américains, elle continuera d'interpréter le compositeur allemand à son retour à Covent Garden.Au début des années 1880, Emma Albani poursuit ses tournées européennes, parallèlement à ses prestations à Convent Garden.

A la fin du XIXe siècle,l'Europe se détourne toujours plus de l'opéra italien pour aller vers les œuvres allemandes et Emma Albani doit s'adapter. Pas de grandes difficultés pour elle, qui était déjà familière du répertoire allemand et wagnérien. A l'Opéra impérial de Berlin, en 1882, lorsqu'elle tient le rôle d'Elsa dans Lohengrin devant le kaiser Guillaume 1er, celui-ci est impressionné par sa prestation et lui décerne le titre honorifique de Hofkammersängerin [*].

À la fin de mars 1883, Emma débarque à Montréal pour la première fois en 18 ans. Accueillie comme une "gloire nationale", elle donne trois concerts devant un public en délire. Louis Fréchette [**] lui récite le long poème qu'il a composé pour elle.

De retour à Montréal en 1890, elle chante lors d'un concert à bénéfice pour l'hôpital Notre-Dame: 6000 personnes l'acclament à la patinoire Victoria, rue Drummond.

Après une suite de lointains voyages (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Ceylan et Inde), elle poursuit sa carrière en Angleterre. Emma Albani donnera des prestations lors de soirées privées organisées par la haute société londonienne, notamment lors de concerts royaux organisés à Buckingham Palace. Sollicitée en Russie, elle ira chanter à Moscou et Saint-Pétersbourg. Elle y rencontre même le tsar de Russie, Alexandre II, qui lui offre une croix de diamants en guise de reconnaissance pour ses prestations. Bien que cette rencontre impériale soit inattendue, arrive une autre impressionnante amitié : celle de la reine Victoria, la souveraine du Royaume-Uni entre 1837 et 1901. Les deux femmes prennent contact lors d'un concert privé en juillet 1874, alors qu'Albani est invitée à offrir une prestation au château de Windsor. Grande amatrice d'opéra, la reine Victoria fait d'Emma Albani sa préférée et, jusqu'à sa mort en 1901, cultive une grande amitié avec la jeune soprano québécoise. Insigne honneur, on lui demandera de chanter aux funérailles privées de Victoria dans la chapelle du château de Windsor. Au cours de ses quarante ans de carrière, Albani aura chanter en Belgique, à Monte-Carlo, à Berlin et en Russie. Sa sœur, Cornélia, enseignera à la famille royale espagnole et accompagnera Emma dans ses tournées.

En 1911, au Royal Albert Hall, Emma Albani fait ses adieux devant une foule émue et se retire dans sa propriété londonnienne de Kensington. Peu après son abandon de la scène, de mauvais investissements de son mari l’obligent à chanter dans des music-halls et à donner des cours de chant. Le gouvernement britannique lui allouera une rente annuelle de 100 livres, mais Ottawa et Québec refusent de lui venir en aide. La situation matérielle d'Emma est plus que délicate à la mort de son mari en 1925. Un grand concert à son bénéfice est organisé à Covent Garden. À Montréal, une souscription publique permet de lui envoyer plus de 4 000 dollars canadiens. Emma Albani s'éteint à Londres, le 3 avril 1930.


Notes :

[*] : cantatrice à la cour royale.
[**] : Louis Fréchette est un poète, dramaturge, écrivain et député québécois.