PAGE ANNEXE
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Petits formats














Lyon-Programme, décembre 1876




Rosa Bordas
petit format de
"Sous mon drapeau"




Mlle Chrétienno









































































































Amiati

La chanson française n'en est pas à une contradiction près. C'est ainsi que la plus connue de toutes les chanteuses qui, après la défaite de 1870, ont plaidé pour la cause des Provinces perdues, parlé de réparations et clamé la revanche, est née Maria-Theresa Abbiate à Torino, en Italie, et qu'elle fit la majeure partie de sa carrière sous le nom d'Amiati.

Née en 1851, elle a 18 ans (?) lorsqu'elle débute au Concert Bélanger et au Théâtre Saint-Pierre en pousseuse de romances sous le nom de Fianco. - Échec. - Sous le nom d'Amiati, on la retrouve à l'Eldorado en 1869 dans le genre "paysanne" en sabots et jupons courts. - Autre échec. - Elle est de retour après la Commune transformée en patriote à l'instar de plusieurs autres : Peschard, d'abord, puis Rosalie Martin, dite Rosa Bordas ou tout simplement La Bordas, "la Rachel du peuple", qui, déjà, lors de la déclaration de guerre, avait osé chanter "La Marseillaise" un drapeau à la main.

Et puis elle chante les chansons d'une certaine Mlle Chrétienno (Marie Joséphine Chrétiennot), ex-chanteuse d'opérette (sous le nom d'Alexandrine), qui avait mis à son répertoire "Alsace et Lorraine", la chanson revancharde par excellence écrite dans un climat politique survolté par Gaston Villemer et Henri Nazet, sur une musique de Ben Tayoux (1871) :

Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine
Et, malgré vous, nous resterons Français
Vous avez pu germaniser la plaine
Mais notre cœur vous ne l'aurez jamais.


Amiati a une voix qui résonne, elle sait vendre la Cause, elle est convaincante et elle sait émouvoir. Et puis elle fait "peuple" contrairement à sa rivale. On ne pouvait trouver mieux pour faire oublier la défaite. En quelques mois, elle se hisse en haut de l'affiche, créant coup sur coup "Le maître d'école alsacien" et "Une tombe dans les blés" sur des textes de Delormel  (le même que celui de l'"Alsace et Lorraine") et Villemer qui, à eux seuls, allaient l'alimenter de textes semblables pendant plus de dix ans, jusqu'en 1882, en fait, avec leur célèbre "Fils de l'Allemand"  :

Va passe ton chemin, ma mamelle est française
N'entre pas sous mon toit, emporte ton garçon
Mes garçons chanteront plus tard la Marseillaise
Je ne vends pas mon lait au fils d'un Allemand.

Son plus grand succès ne fut pas d'eux. Il vint avec "Le Clairon" de Paul Déroulède qu'elle créa à la fin de 1873 ou même en 1874 - certains parlent même de 1878 ! -. (Son enregistrement à la SACEM, musique d'Émile André, date de 1875.)

En 1885, elle est toujours là avec "Le Violon brisé" de René de Saint-Prest, L. Christian et Victor Herpin. Elle a trente-cinq ans lorsque sa santé décline et, en 1886, elle est forcée de prendre un long repos. En 1889 (le 17 octobre), à trente-neuf ans, juste comme elle venait de revenir sur scène, elle meurt dans sa propriété du Raincy en accouchant d'un quatrième enfant. On ne connaît, forcément, aucun enregistrement d'elle mais son répertoire allait être perpétué par le plus célèbre des "émouveurs de foules", Bérard, car elle a également créé des chansons mélodramatiques, historiques, des valses et qu'elle a même poussé la romance, ce que Bérard n'a justement pas dédaigné.


Petits formats

Voir en annexe une page de "petits formats" au nom d'Amiati qui démontrent l'étendu de son répertoire.


Pour plus de renseignements, voir à :  Paulus, Mémoires, chap. 5, 10, 12, 13, 14, 16, 18, 19, 21, 22, 23, 24 et 30.

Et à André Chadourne, Les Cafés-Concerts, chap.6


Ajout du 22 avril 2011

Hélène L'Hégarat a retrouvé pour nous, deux articles de presse.

Le premier, paru dans la revue La Chanson du5 décembre 1880 (3ème année, numéro 30), dit ceci :

"Pendant les dernières années de l'empire, la chansonnette comique tenait le haut du pavé et bénéficiait de l'engouement dont "la cour et la ville" s'étaient prises pour Therésa.
Autres temps, autres chansons ! "La Femme à barbe" est devenue étoile de théâtre - étoile filante - mais, au lendemain de l'année terrible, une artiste s'est révélée, véritable chanteuse populaire celle-là, dans la saine acception du mot. Il fallait à la France vaincue non plus des flons-flons et des pasquinades, mais de viriles chansons ou de poétiques élégiesqui pussent bercer sa douleur ou réconforter sa foi patriotique.
L'interprète de ces hymnes de deuil ou d'espoir fut Mlle Amiati et cela seul suffit à justifier la place que nous lui donnons aujourd'hui dans la galerie biographique de
La Chanson.

Mlle Thérèse Amiati est née à Florence (sic). La flamme du soleil italien brille dans ses yeux, toujours expressifs, et sa voix a gardé le vibrant écho musical de sa langue maternelle. Venue très jeune à Paris, Mlle Amiati n'était encore qu'une mignonne ouvrière, gagnant vaillamment le pain quotidien, qu'elle se sentait altérée déjà par la scène. Sans renoncer au métier qui la faisait vivre, elle parvint à débuter au petit théâtre Saint-Pierre dont les revues de fin d'année étaient alors célèbres. La jeune artiste, qui jouait alors sous le nom de ses parents d'adoption, chantait avec goût les quelques couplets dont était agrémenté son modeste rôle et elle quitta bientôt le théâtre Saint-Pierre pour le concert Béranger (situé boulevard des Filles du Calvaire) dont elle ne tarda pas à devenir l'étoile.

Signalée au directeur de l'Eldorado par son professeur, Ludovic Benza, Mlle Amiati fut engagée au concert du boulevard de Strasbourg, où elle débutât en juillet 1869... dans le genre dit paysannerie, si différent du genre où elle devait, deux ans après, conquérir la célébrité.

C'est en juillet 1871, lors de la réouverture de l'Eldorado que Mlle Amiati créa sa première chanson patriotique. Le succès fut immense et grandit à chaque œuvre nouvelle.
Plusieurs chansons interprétées pendant cette période devinrent rapidement populaires, et quelques-unes d'entre elles :
"Le maître d'école alsacien" (ingénieuse adaptation d'un touchant récit d'Alphonse Daudet), "Maudite soit la guerre", "Les émigrants", "Le blessé", "L'appel après le combat", "Une tombe dans les blés", furent imprimées à plus de cent mille exemplaires.

La beauté correcte et grave de Mlle Amiati et l'accent dramatique sans emphase, qu'elle sait donner à chacune des compositions qu'elle interprète, ne sont pas seulement appréciés de l'auditoire de l'Eldorado mais aussi du public plus blasé, plus difficile à émouvoir, des théâtres de genre.

Fréquemment sollicitée de chanter au Palais-Royal, aux Variétés, au Vaudeville, dans des représentations à bénéfice, la prima donna de l'Eldorado n'y a pas été moins applaudie qu'au café-concert.

Sur la scène du boulevard de Strasbourg, Mlle Amiati compte presque autant de francs succès que de créations et elle en a fait des centaines. C'est l'artiste préférée entre toutes, aussi la faveur dont elle est l'objet ne se manifeste-t-elle pas seulement dans les formes usitées : rappels, bouquets, couronnes ; témoin l'anecdote suivante :

Le héros du "Clairon", ce court poème patriotique de Paul Déroulède popularisé par Mlle Amiati, est un clairon de zouaves. Or, un soir que la sympathique artiste interprétait ces strophes vibrantes, un jeune zouave d'Afrique, placé au premier rang des fauteuils d'orchestre, se faisait remarquer par l'exubérance, toute légitime d'ailleurs, de son enthousiasme. Lorsque fut fini le dernier couplet, au bruit d'applaudissements enthousiastes, on vit tomber sur la scène, lancé de la salle, un objet de forme étrange ; C'était sa calotte rouge que le zouave, en signe d'hommage, avait jeté aux pieds de la diva, tout comme une Madrilène aurait lancé son mouchoir au torero vainqueur. Mlle Amiati, très émue par cette marque spontanée de naïve admiration, voulut rendre elle-même au soldat d'Afrique son fez et le remercia très cordialement, avouant que l'envoi du plus splendide bouquet l'aurait moins touchée que ce morceau de drap rouge.

Le répertoire de Mlle Amiati n'est pas exclusivement composé de chansons patriotiques. Il compte également des chansons dramatiques, des mélodies qui trouvent en la créatrice du "Clairon" une interprète énergique ou tendre mais toujours excellente. Citons, parmi les plus populaires "N't'en vas pas Madeleine", "Le bon temps", "Amour-Folie", "Le baiser des adieux", "Le petit Mendiant", "L'amour frileux", "Valse maudite", "La fille de l'hôtesse", etc.

Mlle Amiati, qui ne joue que rarement, a cependant créé plusieurs rôles : dans la Sœur du Girondin, Une mauvaise connaissance et dans les revues de fin d'année. Elle compte également dans son répertoire plusieurs duos : "Les petits ramoneurs", "Avant la retraite", "Une nuit à Venise" et "La fiancée de Raguse".

Telle est, esquissée à grands traits, la biographie de l'artiste de talent qui, depuis dix ans, personnifiela chanson française dans ce qu'elle a de plus noble et de plus élevé, et prête l'éloquence de sa voix charmeresse aux poètes de la Patrie et de la République.

Signé : Fernand Movel"


Le second, par Constant Saclé, rédacteur en chef, - qui s'y entend en recopiage ! - dans la revue L'Echo des Jeunes, du 1er mars 1893, ceci :

"Souvenirs du passé"

AMIATI

C'est avec un sentiment de profond respect et pénétré du culte du souvenir que nous esquissons aujourd'hui la silhouette d'une grande artiste que nous estimions tous pour son talent et son mérite personnel.

Amiati n'était pas seulement une étoile, c'était une enchanteresse ; sa grâce native et son cœur d'or la plaçaient au premier rang des femmes de valeur ; chez elle, l'épouse et la mère égalaient l'inimitable diva dont le nom restera toujours immortel dans les annales du Concert.

Née à Florence en 1851 (ainsi que le disait Fernand Movel dans le journal La Chanson, publié par A. Patay), la flamme du soleil italien brillait dans ses yeux, toujours expressifs, et sa voix gardait le vibrant écho musical de sa langue maternelle.

Se sentant attirée par la scène, dès son arrivée à Paris, gracieuse ouvrière, elle parvint, tout en consacrant au travail son temps durant le jour, à débuter au Petit Théâtre Saint-Pierre, où elle obtint un immense succès dans une revue de François Osvalot intitulée : Tout Paris la verra !... Elle quitta ce théâtre pour le Concert-Béranger (qui était situé boulevard des Filles du Calvaire) dont elle devint la "diva popula". Ce fut à ce Concert que son professeur, Ludovic Benza, la signala au directeur de l'Eldorado où elle débuta en juillet 1869.

Citer les succès qui firent son nom populaire après la terrible campagne de 1870 tiendrait au moins deux colonnes dans l'Echo des Jeunes. Qui ne se souvient des chansons qui s'appellent : "Le maître d'école alsacien", "L'appel après le combat", "Les émigrants", "Maudite soit la guerre", "Une tombe dans les blés", "Le blessé", "Le clairon", "Les Turcos", "L'enfant de Paris", "Le cheveu blanc", "La ferme aux fraises", etc.

A côté du sentiment patriotique, elle excellait dans l'interprétation des œuvres dramatiques et mélodiques telles que : "Le baiser des adieux", "La fille de l'hôtesse", "N't'en va pas Madeleine", "Folie", "Le bon temps", "Stella d'amore", et tant d'autres que nous oublions. Bien que jouant peu, elle créa les premiers rôles dans : La sœur du Girondin, Une mauvaise connaissance et dans différentes revues dont elle contribua au succès. Les duos : "La fiancée de Raguse", "Avant la retraite", "Une nuit à Venise", "Les petits ramoneurs", comptèrent parmi ses meilleures créations.

Ses derniers succès furent "Loin des jaloux", "Le bon vieux maître d'école" (suite du "Maître d'école alsacien"), "La plus belle fille du monde" et "La prière d'une Alsacienne".

Un jour de l'été 1889, M. Ducarre, directeur des Ambassadeurs et de l'Alcazar d'Été, me dit : "Je viens d'engager Amiati !". Bravo ! lui dis-je, car je suis certain que ce sera un succès de plus pour notre Concert. Et comme Amiati me demandait avec quoi elle devait débuter, je lui conseillai de reprendre "Le clairon", de Paul Déroulède, dans lequel elle était inimitable, et le public la rappela jusqu'à quatre et cinq fois.

Quelques jours après, elle perdait son époux, M. Maria, ex-directeur de l'Alcazar de Marseille, pour lequel elle avait une affection sincère car, ainsi que nous le disions en commençant, c'était une femme dévouée et une excellente mère. Bien qu'étant prête de donner le jour à un nouvel enfant, elle continua de chanter jusqu'à la fin de la saison. Aussi, lorsque dans le courant de l'hiver suivant nous apprîmes sa mort, ce fut pour nous tous un deuil cruel, car nous l'aimions comme une amie et l'admirions comme une grande artiste.

MM. Dorfeuil, directeur de la Gaîté-Montparnasse, Limat, régisseur de l'Éden-Concert, Benoît, éditeur de musique et un docteur dont le nom nous échappe se chargèrent des petits orphelins ; celui confié à M. Benoît est décédé l'an dernier. Ces âmes généreuses, en agissant ainsi, ont droit à la reconnaissance des amis de l'artiste regrettée et ils sont nombreux.

Pauvre Amiati ! ton souvenir ne s'éteindra jamais de notre esprit et nous te citerons toujours comme l'exemple de la femme remarquable et de la diva populaire personnifiant et glorifiant notre chère et belle France, qui est et restera toujours le pays de la chanson.

Signé : Constant Saclé


Ajout du 2 avril 2013

Un article de Théodore Massiac paru dans Gil Blas du 29 janvier 1899 (page 2), retrouvé pour nous sur le site Gallica par Claire Simon-Boidot (que nous remercions pour son aide constante).

Aujourd’hui, au Raincy, l’on inaugure sur la tombe d’Amiati, le pieux monument élevé à sa mémoire, par ses camarades et ses amis fidèles. Voilà déjà pourtant dix ans qu’elle est morte ! Dix ans ! et personne ne l’a encore oubliée. Il fallait qu’elle fût une bien véritable artiste pour graver si fort sa marque en l’esprit des hommes, et c’est à ceux qui l’ont approchée de dire ce qu’elle valait.

D’aucuns l’ont appelée « la tragédienne de la chanson ». rien n’est moins exact. Amiati ne fut nullement une "tragédienne", pas plus dans la chanson que dans la vie. Mais elle fut mieux. Pendant cinq à six ans, elle incarna en elle l’âme douloureuse de la France. Oui, elle fut pour ainsi dire, la Muse de la Patrie vaincue. Et j’ai vu alors, j’en porte le témoignage, j’ai vu, pendant qu’elle chantait, les yeux de toute une salle se mouiller par le seul pouvoir de son évocation.

Tout d’ailleurs en elle concourait à la réalisation de cet effet irrésistible. Elle était Italienne de naissance, mais elle avait été élevée en France, et je ne crois même pas qu’elle parlât sa langue maternelle, qu’elle comprenait toutefois.

Elle était assez grande, svelte sans maigreur, avec une belle tête brune pensive., ardente et douce. De grands yeux lumineux, un sourire adorable, des lèves d’amoureuse, et une voix...

Ah ! une voix sans pareille, une voix de contralto d’un timbre si pur, pénétrant et profond, qu’il était impossible d’y résister. Je n’en ai depuis entendu qu’une du même genre, plus belle encore, je l’avoue, différente pourtant, mais pas plus pathétique : c’est la voix de Mlle Delna.

Seulement, cette voix manquait d’étendue. C’est pourquoi Amiati dut rester au concert. Elle n’avait pas même une octave, commençant à l’ut sous les lignes pour finir au si bémol, — au si naturel quand la note était placée adroitement. Elle pouvait certes émettre d’autres sons, et dans le registre grave et dans le registre élevé, mais, alors, le timbre disparaissait, et cela faisait un tel contraste, une telle disparate, que les musiciens préféraient se restreindre aux cinq tons et demi qui constituaient le plein de l’organe. A cet égard on lui a écrit des mélodies réellement curieuses au point de vue technique, je citerai notamment : "Une tombe dans les blés"de M. Charles Malo, le chef d’orchestre actuel de la Gaîté. Il y a, dans "Une tombe dans les blés", des altérations à la fois d’une remarquable adresse et d’un effet mélancolique absolument saisissant.

On le comprend, il était difficile d’écrire pour Amiati. Dans un autre genre, il y eut beaucoup de voix courtes au concert : Colombat, Marguerite Baudin, Kaïser, et aussi Thérésa, mais pour celle-ci on se rejetait sur les effets de tyrolienne, qu’elle réussissait d’une manière incomparable.

Tandis que pour le genre large et émouvant d’Amiati, il n’y fallait pas songer. Peu de compositeurs surent écrire pour elle, et malheureusement, celui qui y fut le plus heureux n’avait pas de talent. C’était un simple faiseur, qui s’appelait Ludovic Benza. Italien comme Amiati, il l’avait accaparée. Il était son compositeur, son répétiteur, son accompagnateur. Tous les samedis, à l’Eldorado, elle chantait de lui une nouvelle chanson patriotique, qui généralement tombait au bout qe quelques soirées dans le domaine de l’oubli. Quelques-unes cependant ont surnagé ; "Le Bon Gîte", "Le Maître d’école Alsacien" :

La patrouille allemande passe ;
Baissez la voix, mes chers petits ;
Car le français n’est plus permis
Aux petits enfants de l’Alsace.

A-t-elle tiré des larmes avec cette plate composition !

Parfois, d’autres musiciens lui donnèrent de belles inspirations à interpréter : j’ai cité déjà "Une tombe dans les blés", la plus poétique de toutes. Je nommerai encore : "Maudite soit la guerre !" vigoureuse imprécation d’Alfred d’Hacq, qu’elle lançait avec une énergie terrible, et "Le Clairon" :

L’air est pur, la route est large.
Le clairon sonne la charge...

Je me souviens de la première. Avec quelle anxiété l’on écoutait se dérouler cette poésie vibrante, enflammée, si simple, si chaleureuse. Quand, après avoir montré le héros frappé d’une balle, Amiati, par une inspiration de génie, dit d’une voix étranglée, presque basse,mais avec un accent d’intrépidité invincibilité : Le clairon sonne toujours ! une acclamation formidable l’interrompit ; on était debout, on avait les yeux mouillés de larmes, et l’on criait de toute part. Elle s’arrêta elle-même, frissonna, et ses paupières s’humectèrent. Ce fut la plus belle minute de sa vie.

Avait-elle du talent ? Non. C’était une âme qui chantait.

Elle ne fut pas la tragédienne de la chanson, elle fut la Muse de la France blessée. Elle était bonne, tendre, dévouée aux siens. Elle fut pour sa mère une fille aimante, pour son mari une épouse fidèle, pour ses enfants une mère admirable. Elle paya les dettes contractées par son mari, M. Maria, dans une malheureuse direction de province. Quand il mourut, elle se sentit frappée elle aussi et trois mois plus tard, quelques jours après avoir mis au monde son quatrième fils, elle expira dans les bras de sa mère, en murmurant : "Quatre enfants et s’en aller !" C’était au Raincy, le 27 octobre 1889. Elle avait trente-huit ans !

Pauvre Amiati ! puisses-tu entendre les paroles de regret que tes amis vont prononcer aujourd’hui sur ta tombe, et puisse ton âme y trouver la douceur du souvenir, le parfum des anciennes amitiés !