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CHAPITRES & SOUS-TITRES
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CHAPITRE PREMIER

Le 14 juillet 1886 - L'Alcazar d'Été - La Corbeille - Demay - Duparc - Dufresny - La petite Fréder - " En revenant de la Revue" - Hervé


CHAPITRE II

l'Eldorado - Une nuée d'étoiles ! - Le réveillon. - Comment Thérésa devint célèbre - Suzanne Lagier - "La Petite Curieuse" - Un drame dans la salle - Jules Léter - "L'Amitié d'une Hirondelle" - Chrétienno - Horace Lamy - Une prouesse peu banale - Mathilde Lasseny


CHAPITRE III

Le café-concert, pépinière de grands artistes - Marie Sasse - Mme Macé-Montrouge - Renard - "Le temps des cerises" - La tragédie au café-concert ! - Cornélie - Mes débuts à l'Eldorado - Les causes de ma frousse - Résilié pour insuffisance - Marie Lafourcade - "Le Pifferaro du Boulevard".


CHAPITRE IV

Au Jardin Oriental de Toulouse - Marguerite Baudin - " Les Pompiers de Nanterre" - Les Clodoches - Augustine Kaïser - À l' Alcazar de Marseille - Joseph Arnaud - Une répétition mouvementée - Eugénie Barba (Mme Jules Perrin) - Judic


CHAPITRE V

Eugénie Robert - Les goguettes - Les présidentes - Gustave Nadaud - Eugène Pottier - Amiati - Zulma Bouffar - À l'Eldorado de Lyon - Joseph Kelm - La bague du Tsar?Le truc du bourreau - Un artiste pratique - Pierre Dupont - "Ma vigne".


CHAPITRE VI

Souvenirs d'enfance - Comment je devins artiste lyrique - Marie Bosc
- Kadoudja - Les débuts à l'île d'Oléron - "Le Baptême du P'tit Ébéniste" - Berthelier - À Romainville - Paul de Kock - Au Concert du XIXe siècle - Darcier - Céleste Mogador - Mme Noble.


CHAPITRE VII

Baumaine et Blondelet - Hortense Schneider - Rentrée à Toulouse - "Le Toqué" - Adolphe - Les Cocardiers font du pétard - L'autorité s'en mêle - Judic et Lafourcade - Claudia - Gabrielle Rose - Charles Constant


CHAPITRE VIII

Au Casino de Lyon - Plessis - Simon Max - Nicol - Les fumisteries de Plessis - Blanche d'Antigny - Le truc des renouvellements - Mlle Vigneau - Julia - Zélia - Duhem - "Le Bouton de Billou" - Thérésa dans la Chatte Blanche


CHAPITRE IX

Regnard - Rose Mérys - Jules Pacra - Mlle Garait - Julia Baron - Au Casino de Nîmes - Dagobert - Je deviens héraut officiel - La fameuse dépêche ! - "Le Mari Mécontent" - Les suites d'une blague - Gobin - Eudoxie Laurent - Un mariage à la vapeur - Amédée de Jallais [Voir à Eudoxie Laurent]


CHAPITRE X

Les chansons patriotiques à Lyon - Buislay - Nous nous enrôlons - Plessis tambour-major - À Bordeaux - Elisa Dauna - La Bordas [voir à
Amiati] - "La canaille" - Alexis Bouvier - Nous déraillons ! - Chez le curé des Ponts-de-Cé - "Le Fantassin Malade" - Cascabel - Silly - Mlle Grenier


CHAPITRE XI

"La Marseillaise des Femmes" - Chrétienno et Judic - L'Eldorado pendant la Commune - J.-B. Clément - Le Café des Ambassadeurs - Le gros Fleury - "J'suis Chatouilleux" - La Corbeille en délire - Villebichot - Lise Tautin - Offenbach - Un mot du papa Doudin - Léa Lini - Une friture bien gagnée


CHAPITRE XII

Ma rentrée à l'Eldorado - Charles Malo - Louise Théo - Bruet - Guyon père - "Le tir au pistolet" - Maria Lagy - "Les Cuirassiers de Reichshoffen" - Ben-Tayoux - Noémie Vernon - Doria - "Je ne t'aime plus" - Une caisse de prévoyance originale


CHAPITRE XIII

Lucien Fugère - " Le Régiment de Sambre-et-Meuse" - La belle Angèle - Fusier - Un concert d'animaux - Aux Ambassadeurs - Trewey - Marcel - Les fluctuations du papa Doudin - Colombat - Paul Renard - Maria Rivière - Vialla - Le pitre Clam


CHAPITRE XIV

Les chanteurs de tyroliennes - Le trio Martens - Les petits Clodoches - Gustave Chaillier - "Tourterelle et Toutereau" - Jeanne Théol - Mlle Bade - La rose de l'apothicaire?"La Feuille pousse" - Mme Riquet-Lemonnier - Jane May - Adieux en langue d'oc - Martin-Martinou - Une pelle de première classe


CHAPITRE XV

Plessis fait des siennes à Berlin - Daubray - Plessis-Napoléon - Juliette Baumaine - Gardel-Hervé - "Les Épiciers" - Charles Pourny - "Les Déjeuners de la Croque au sel" - Des admirateurs coûteux - Armand Ben - "Je cherche Lodoïska" - Marguerite Bellanger - Lassalle


CHAPITRE XVI

"Le Maître d'École Alsacien" - Villemer et Delormel - Amiati en travesti - "Une Tombe dans les Blés" - Alida Perly - Léonide Leblanc - Mme Graindor - "Le Train des Amours" - Gustave Michiels - Les Dames de Vienne - "L'Amour n'a pas de saison" - Paula Browns


CHAPITRE XVII

Virginie Déjazet - Un spectacle merveilleux ! - "La Lisette de Béranger" - Frédéric Bérat - Guyon fils - Robert Planquette - "Savoir lire" - Une représentation au camp - La logique de papa Doudin - Frédérick-Lemaître - "T'ons marié Thérèse" et "La Tour St-Jacques" - Montréal et Blondeau - La douzaine - Les Armanini


CHAPITRE XVIII

Max Bouvet - Maria Pacra - Ducastel - Les douches et les luttes dans la loge - Victorin Armand - Louise Roland - Les inondés du Midi - "Ne m'chatouillez pas !" - Léontine Massin - Émélie Bécat - Un attentat contre notre liberté - "Oh ! la ! la ! quel verglas !" - Péricaud - Le caulègue Despaux - Les frères Lionnet - "La feuille pousse" - Le concours de chansons - "À la Française" - Thiéron


CHAPITRE XIX

Un début original - Les galanteries de Pandore - Léonore Bonnaire - "V'la l'tramway qui passe !" - Dubost - Désirée May - Gaillard - Hurbain - Bécus - Du danger des libations avant le concert - Paul Henrion - "Le Baiser des Adieux" - Lynèda - Andréani


CHAPITRE XX

Libert - "L'Amant d'Amanda" - Ouvrard - "La Dent de Sagesse" - Novations administratives - Mily-Meyer - Les Samedis de l'Eldorado - Salinas - Le ténor Mialet - Francis Chassaigne - Émile Mathieu et la belle Mme Mathieu - Les chœurs de Bourgès - Les débuts d'une grue


CHAPITRE XXI

Je suis expulsé de l'Eldorado - "Le Clairon" - Paul Déroulède - Une enfant prodige - Jeanne Bloch - Henriette Bépoix - Debailleul - "Le rossignol n'a pas encor chanté !" - Lucien Collin - Au Château de Fleurs de Marseille - La Cadichonne - Uzès - Je débute à la Scala - Aimée Chavarot - Dora


CHAPITRE XXII

Le scandale à la Scala - Je suis condamné ! - Rouffe - Debureau fils - Juliette Darcourt - Mariage d'Amiati - Je deviens marchand de couleurs - Un galant associé - Le directeur Monin - "Le p'tit bleu" - Gabillaud - Léopold Wenzel - Marie Heps - Réval - "Le pochard du Pont-Neuf" - Les hauts faits d'Anastasie - Bourdon est dans la salle


CHAPITRE XXIII

Duparc - "La Pigeonne" - Firmin Bernicat - Les marionnettes Holden - "La Chaussée Clignancourt" - Piccolini - Dalty - Velly - Lannes - Marthe Lys - Les couleurs sont dans la limonade ! - "Derrière l'omnibus" - Jules Jouy - Clovis - Représentation de retraite de Darcier - "La 32e demi-brigade" - Le Divan Japonais - Jehan Sarrazin


CHAPITRE XXIV

Pazzotti - Louise Berthier - Juana - "Sous les Bambous" - A. d'Hack - Robert-Macaire et Bertrand - Les Rieuses - Julia de Cléry - Le dîner des Pierrots - Le couple Montrouge - À l'Exposition de Bordeaux - Galipaux - L'ami Coulon - Volapük-Revue - Paula Brébion - Au Concert Parisien - Rivoire - Teste - "La Sœur de l'Emballeur" - Le trio Graindor-Victor-Heuzet - Ce qu'était devenue la belle Mme Mathieu - Dufay - Caudieux


CHAPITRE XXV

Mazedier - Aline d'Estrées - Antony - Fernande Caynon - Léa d'Asco - J'ai des domestiques, des chevaux, un hôtel ! - Hermil et Numès - Présentation d'un ours - Chalmin - Villé - Liovent - Sulbac - "La digue don !" - Un exploit de Joseph Kelm - Mon concours de chansons - "Les Statues en Goguette" - Une conférence sur Déroulède - Un curieux certificat


CHAPITRE XXVI

Au Concert Parisien - La colère du Directeur - Gilberte - Un bouquet original - Tusini - O'Kill - Dalbray - Claude Roger - Antoine Banès - Mayeur - Blanche Kerville - Tout à la Paulus ! - Mercadier - Gaston Maquis - Gilbert - Céline Dumont - Dowe - Je suis condamné à 30 000 francs de dommages-intérêts - M. Allemand les paye - Le petit Norbert - "Le Tambour-Major amoureux" - "Le Train des Amours" - Le ténor aux gants blancs - Le lion de Paulus


CHAPITRE XXVII

Mort de Darcier - L'Estaminet lyrique en 1849 - Le Pain et les officiers - À l' Alcazar d'Hiver - Paulus et Bépoix - Labat et Donval - Crouzet - Villemin - Mme Lagrange - Thérésa - Un mot de Got - "Je me rapapillotte" - "La Gardeuse d'ours" - Pichat - Blockette - La tournée de Schürmann en Espagne et en Portugal - Lucile Chassaing - Piteux résultats ! - Hobert et Lehmann - Mon culte pour les souvenirs.


CHAPITRE XXVIII

La chanson du jour - Tout à la Boulanger ! - "Les Pioupious d'Auvergne" - Antonin Louis - Demay - Maurel - Violette - Le carrousel Floquet - A l'Éden-Concert - Les vendredis classiques - Villé et Dora - Dattigny - Limat - Eugène Baillet - Raoul Pitau - Le tremblement de terre de Nice - Une idylle mouvementée - Le bénéfice de Mercadier - A l'Eden-Théâtre - Un scandale à la Scala - Lévya - Debriège - "Le Père la Victoire"


CHAPITRE XXIX

L'émeute de Lyon - A l'Éden de Trouville - Valti - Brunin - Lucy Durié - Gabrielle Lange - Stella - Van Lier - Méaly - Stelly - Legrand - Modot - Vaunel - Gabrielle d'Estrées - Chaudoir - "Derrière la Musique militaire" - Musette - Léon Laroche - Müssleck - Le saucissonnier Constans - Yvette Guilbert - "Le Cheval du Municipal"


CHAPITRE XXX

L'Exposition de 1889 - L'Alcazar et la Tour Eiffel - Giralduc - Ducreux - Polaire - Les soirées mondaines - A Vienne, Buda-Pesth et Bukarest - Armand Ary - Mort d'Amiati - La Juniori - A Saint-Pétersbourg - L' Eldorado de Nice - Eugénie Fougère - Les Dante - A New-York - Aimée - Au Royal-Trocadéro de Londres - "Les Gardes Municipaux" - "Comica Serenada"


CHAPITRE XXXI

Kam-Hill - Marius Richard - Charlotte Gaudet - Anna Thibaud - Marguerite Derly - Micheline - "Le Baptême d'une poupée" - Plus d'engagements imprimés - Polin - Je deviens directeur de Ba-Ta-Clan - Une troupe de choix - Marguerite Duclerc - Fragson - Bruant - Les sœurs Fréder - Pâquerette - Trois saisons bien remplies - Je vends Ba-Ta-Clan - Les artistes prévoyants ! - "La Musique de la garde"


CHAPITRE XXXII

Défilé de camarades. Edmée Lescot. Lise Fleuron - Anna Held - Marguerite Deval - Louise Balthy - Mayol - Dranem - Clara Faurens - Les cabarets montmartrois - Fursy - Ma représentation de retraite - Un programme triomphal ! - "C'gredin d'Printemps !" - "L'Amour n'a pas de saison".

Paulus - Mémoires - Chapitre XIV


Notes

Voir à Introduction pour les remerciements et autres renseignements.

Les notes sont entre crochets ( [...] ).

Les noms soulignés renvoient vers une page plus complète.

Les chanteurs de tyroliennes - Le trio Martens - Les petits Clodoches - Gustave Chaillier - "Tourterelle et Toutereau" - Jeanne Théol - Mlle Bade - La rose de l'apothicaire - "La Feuille pousse" - Mme Riquet-Lemonnier - Jane May - Adieux en langue d'oc - Martin-Martinou - Une pelle de première classe.

Trou la la i tou ! La itou la la ! À cette époque la tyrolienne sévissait avec fureur. Pas un concert où ne retentit le refrain du Tyrol, naturalisé français.

Ceux qui avaient le plus contribué à en faire émailler le répertoire, c'étaient les Martens ; le fameux trio Martens !

Le chef, Martens, liégeois, s'essayait dans la chansonnette comique quand il fit la connaissance de celle qui devait s'appeler Mme Martens, et qu'accompagnait Mlle Gretchen.

Du coup de foudre de cette rencontre jaillit la collaboration de ce trio qui allait courir le monde, y récoltant écus et bravos.

Entre temps, ils chantèrent à l'Eldorado en 1866. Les laïtou ne faisaient pas oublier à Martens ses devoirs conjugaux. Quatre marmots naquirent au courant de ces tournées.

C'était embarrassant en voyage... et coûteux, mais les moutards étaient si gentils, si intelligents ! Mme Martens eut une idée qu'elle déversa immédiatement dans l'oreille du chef :

- Si nous utilisions les enfants ?

- À quoi ?

- Les Clodoches sont à la mode... faisons-en des petits Clodoches.

Sitôt dit, sitôt fait. L'éducation artistique fut rapide, et bientôt les jeunes chahuteurs ravirent les publics internationaux pendant que les parents faisaient merveille avec leur fameux Duo des chats.

La famille Martens, devenue légion, fournit encore, à l'heure actuelle, des artistes en tous genre à l'univers entier.


Thérésa a chanté la tyrolienne, puis Marcel, Bruet, Rivière, Velly, Mercadier, cent autres ; mais celui dont c'était le genre à peu près exclusif, ce fut Chaillier, le petit bossu parisien. Pendant plusieurs années, il fit recette à l' Alcazar d'Été.

Une voix de ténor de chapelle Sixtine, mais chaude, malgré son suraigu, prenant la foule.

Une physionomie ouverte, des yeux malicieux et un grain de beauté, ainsi qu'il appelait sa bosse. Il portait joyeusement cette protubérance exagérée et la chantait dans beaucoup de ses chansons, dont il faisait la musique le plus souvent.

Il finissait le dernier couplet par quelques notes en voix de basse profonde qui, par leur contraste subit avec les accents fluets entendus jusque-là, provoquait un fou rire dans le public.

Sa guitare fidèle ne le quittait pas ; il en grattait un peu à la diable, mais avec conviction ; elle était presque aussi grande que lui. Il est toujours de ce monde et j'espère qu'il continuera longtemps encore à rouler sa bosse à travers la Province.

Il a créé nombre de chansons populaires : Cascarinette, Mes préférences, La chercheuse de clair de lune et cetera.

La plus répandue est certainement Tourterelle et Tourtereau, dont il a fait la musique sur des paroles de Villemer et Delormel.


Théo, que l'Exposition de Vienne nous a enlevée quelques mois, ne nous reviendra plus. La Renaissance lui a ouvert ses portes à deux battants ; elle va y débuter et bientôt y obtiendra un très gros succès.

Deux nouvelles pensionnaires à l'Eldorado viennent combler ce vide :

Jeanne Théol, la fille de Théol, le brave artiste de l'ancien Cirque, aux créations typiques. La jeune et charmante femme a de qui tenir. Elle a réussi du premier coup en détaillant à ravir une chansonnette Qu'en penses-tu ? (de Dubignon, musique de J. Quidant).

Fort impressionnée à ses débuts, elle s'est reprise, dominant son émotion, et a conquis la faveur du public.

Elle a déjà des adorateurs. J'entends dire à la sortie :

- Théo !... Théol !... cet Eldorado est un paradis... il n'a que des anges !

- Oui mais, surenchérit quelqu'un, la dernière, Théol, a une aile de plus !

Bientôt, elle aussi, nous quittera pour le théâtre.

Sera-t-elle assez jolie, assez séduisante, dans sa robe de laine blanche, à cordelière de soie, alors qu'elle jouera dans les Pilules du Diable, au Châtelet ? Un vrai boute-en-train, favori du public.


L'autre c'est Mlle Bade, excellente diseuse ; qu'elle se présente sous le jupon de son sexe ou sous la jaquette du gandin, elle est applaudie.

La nature, prodigue, l'a admirablement douée pour faire valoir ses charmes, en travesti. Elle est gentille à croquer et les yeux aguichés des spectateurs disent qu'on demande à essayer.


Vialla vient de chanter La Feuille pousse, un des succès les plus résistants du café-concert. Qui n'a fredonné son refrain ?

Quelques jours après, une scène exhilarante se passait sur celle de l'Eldorado. On venait de s'attendrir sur une romance d'Amiati ; les mouchoirs avaient été mouillés, mais après les pleurs, des rires à faire écrouler le dôme du théâtre sur la tête des spectateurs en proie à une crise aigüe de folle hilarité.

On donnait la Fille du droguiste, tragédie burlesque de Léon Laroche. Les interprètes étaient Perrin, Guyon et Mme Chrétienno (voir à Amiati). Perrin jouait le rôle d'un vieil apothicaire, au crâne complètement chauve.

Or, ce soir-là, au moment d'entrer en scène, il aperçoit, sur un meuble du foyer, une grosse rose artificielle.

L'idée lui vient de faire rire Malo, le chef d'orchestre.

(Partout, les comiques cherchent à faire rire les chefs d'orchestre ; on ne sait pas pourquoi, mais c'est la tradition.)

Il fixe la rose dans le cartonnage de sa perruque, sans avoir été vu par les camarades ; il entre gravement en scène, descend la rampe et comme Vialla venait de chanter :

C'est le printemps, la feuille pousse
À l'arbre de la Liberté,

il entonne, de sa plus belle voix barytonnante :

C'est le printemps, la rose pousse
Sur mon vieux crâne dénudé !

La salle est prise d'un fou rire ! Malo, aussi.

Et la joie augmente encore quand Perrin, imperturbable, débite le premier vers de son rôle :

Il se passe en ces lieux quelque chose d'étrange !

Chrétienno et Guyon entrent en scène et voient le tableau. 

Impossible de garder leur sérieux et les efforts qu'ils font pour y arriver redoublent la gaîté du public.

La piécette s'achève, à peine entendue : on riait trop fort.

À la fin Guyon dit tout bas à Perrin :

- C'est bon ! demain je te rendrai la monnaie de la rose.

Le lendemain, Perrin se refleurit le crâne d'une rose plus grosse encore. Même succès d'hilarité que la veille. Les effets sont aussi grands.

Mais Guyon s'approche de lui, fait mine d'admirer la rose phénoménale et prend la tête du vieux droguiste, l'entourant d'un bras, comme s'il voulait l'embrasser.

Puis, sournoisement, il tire de sa poche un petit arrosoir, tout plein d'eau, et, lentement, arrose la fleur et le crâne de Perrin qui, toujours à la réplique, se laisse faire..., en éternuant.

La salle était ivre ! Malo se tenait le ventre sur son pupitre ! dans la coulisse on se tordait !

On parla longtemps de la rose et de l'arrosoir dans le foyer et dans les loges des artistes.


Au hasard des souvenirs, notons les artistes qui, du Concert, continuent à passer au théâtre et qui ont pu constater que leur stage, chez la Chanson, ne leur a pas été inutile.

Mlle Riquet quitte l' Eldorado. Très gracieuse, promettant beaucoup, elle réussira dans les pièces et dans les revues. Plus tard, épouse d'Alphonse Lemonnier, le critique-auteur dramatique, elle jouera nombre de pièces avec autorité et créera, en juin 1891, Madame la Maréchale, (pièce de son mari en collaboration avec Péricaud) qui devint archi-centenaire et... continue.

Elle a été parfaite dans ce rôle de bonne humeur et de rondeur. Dans ces derniers temps, elle a pris la direction de l'Alhambra, à Bruxelles.


Jane May aussi fut des nôtres. Elle était au Concert Européen, de la rue Biot, alors que le bon Victor Regnard y débutait.

On se souvient sans doute du bruit qui se fit autour de son nom alors qu'elle appartenait au Gymnase. Des médisants avaient mis en doute la vertu de notre jolie actrice. Elle 'adressa à la Faculté, lui demandant de certifier qu'elle pouvait toujours se dire... d'Orléans ; et que si, comme son illustre devancière, elle n'avait pas entendu des voix célestes lui dictant ses devoirs, elle en avait repoussé d'autres, qui voulait l'entraîner dans le sentier de la cascade.

Tout Paris s'amusa pendant quinze jours du fameux certificat et les revuistes s'en régalèrent pendant toute la saison.


Un ressouvenir de Nîmes, deux auparavant.

Le public avait été si gentil pour moi, que j'eus l'idée de lui faire des adieux sensationnels.

Je chantais avec grand succès une paysannerie Déridéra lon la ; à la soirée d'adieux je


remplaçai le dernier couplet par cet à-propos, en patois du pays, que me composa un poète-chanteur fort connu dans la région, Martin-Martinou.

Adésias, éfants de la tout Magno !
Parté déman mati per Pariss ;
Revendraï l'aoutro campagno
Parça qué tout lou moundé m'applaudiss !

Parlé. Sieï counten mé perqué ou siègue maï

Piquas ben fort !
Déri déra lon la !
Déri déra lon la !

Le succès fut très grand et l'à-propos fort goûté.

J'avais déjà conquis ce public à la suite d'un accident qui m'était arrivé quelques jours auparavant.

Tout le monde alors voulait faire du vélocipède. C'était le premier engouement pour ce sport, utile, agréable, fécond en plaisirs, mais aussi en pelles !

Je veux, naturellement, faire comme tout le monde. Pendant six jours, je prends les leçons d'un professeur et, avec le manque de patience qui me caractérise, je veux rouler de mes propres jarrets, le septième jour.

Enfourchant mon canasson d'acier, je file au Pont du Gard, distant de dix-huit kilomètres de Nîmes.

Ça va tout seul d'abord ; pas très droit, mais assez bien pour un novice.


Comme le vaisseau de la ville de Paris, je flotte, je ballotte, mais je ne sombre pas.

Mes zigzags courageux m'amènent à destination. Je récompense ma valeur par un déjeuner soigné, finement arrosé et, après avoir jeté un coup d'œil admiratif à la merveilleuse triple rangée d'arches, chef-d'œuvre des Romains, je renfourche ma bête.

J'ai oublié de vous dire que la susdite, mesurait un mètre trente centimètres de hauteur ! on n'avait pas encore pensé aux bicyclettes mignonnes et basses.

Retour superbe ! Je vole, le front haut, l'œil vainqueur.

Peut-être cet œil, qui quêtait des regards flatteurs parmi la foule, à l'entrée de la ville, peut-être cet œil aurait-il dû guetter tout simplement les pierres de la route, car l'une d'elles se rencontre sous ma roue et, patatras ! je m'étale dans la poussière !

Ayant encore plus de souci du ridicule que de mes membres meurtris, je remonte le vélocipède et je regagne le Casino.

J'étais en sueur. Je veux me dévêtir pour les ablutions indispensables ; impossible de remuer le bras.

On appelle un médecin ; il déchire ma manche ; j'avais la jointure du bras droit démise !

J'étais fort ennuyé ; le directeur l'était peut-être plus encore ! On jouait ce soir-là. Le public réclamait son chanteur favori. Croirait-il à cet accident ?

Les annonces des régisseurs sont toujours accueillies par un murmure d'incrédulité. Et ce murmure est très souvent fondé.

Ma décision fut prise :
- Je chanterai ce soir, quoi qu'il arrive !

Et ce soir-là. comme je l'avais promis, le bras en écharpe, souffrant beaucoup, je m'efforçai de récolter le succès quotidien auquel on m'avait habitué.

Et le brave public ne changea rien à sa bonne habitude.

Elle se tenait en scène, armée de son mignon trombone (en argent, s'il vous plaît !), et accompagnait le refrain d'un simulacre de jeu qui plaisait d'autant mieux au public que ça faisait valoir ses bras nus et potelés, et saillir des avantages plantureux.