Lebassi Auguste Pierre
parfois Le Bassi
Note : cette page est construite sur la base de recherches documentaires et généalogiques réalisées par Claire Simon-Boidot, que nous remercions pour son aide précieuse.
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ypiquement un artiste dont le nom
complique les recherches !
Dès 1879, un concert est donné à son bénéfice, ce qui
doit commencer à marquer la fin de son activité, ou serait-ce le début d’un déclin de sa
santé ? :
"La matinée organisée par la société lyrique La Renaissance au bénéfice
de M. Lebassi n’ayant pas donné au point de vue financier un résultat aussi
satisfaisant qu’on était en droit d’espérer, cette société complètera la bonne œuvre
qu’elle a commencée en donnant, le dimanche 7 décembre, une soirée
extraordinaire au bénéfice du même artiste, en son local habituel, 8 bd de
Strasbourg." [1] Après cette date, on ne le trace plus que rarement, chantant pour
une société lyrique ou aux Folies Bobino [2]. Sa période la plus faste d’engagements
se situe entre 1873 et 1876. Il est fréquemment appelé "l’homme-flûte" - à
l’instar d’autres chanteurs ! Il fut aussi tyrolienniste et s’il reprit différents titres de
Bruet ou Chaillier, Lebassi en créa aussi quelques uns, dont la tyrolienne "Le
troubadour amoureux", avec Delanoy à la Scala.
Il se
produisit un peu partout à Paris mais aussi en Province. Se réfèrant à la liste de la souscription levée aux Champs Elysées pour les inondés en 1876 [3], on peut imaginer qu’il se prénomme
Auguste. Comme on sait que, à cette date, il chante précisément aux Champs
Elysées et que son patronyme est rarissime, il ne peut s’agit que de lui. Par ailleurs,
une de ses chansons (mais ce n’est qu’une chanson), évoque sa naissance en Italie,
ce qui est compatible avec la consonance de son patronyme... « M. Lebassi passionne toujours le public. Ses airs tyroliens, qu’il dit d’ailleurs avec beaucoup
de sentiment portent vraiment à la rêverie ; mais pourquoi faut-il que les paroles de ses chansons soient si peu en harmonie avec sa musique. Je ne puis m’empêcher de rougir lorsque je lui entends chanter des vers comme ceux-ci :
C’est sous le ciel de l’Italie
Que j’ai reçu le jour.
C’est là où j’ai reçu la vie,
C’est là où sont mes amours !"[4]
Et pourtant ! La Gazette lyrique du 20 janvier
au 3 février 1881 signale le décès de Lebassi : « Nous avons également à
enregistrer les décès de [...] et du chanteur tyrolien Lebassi, qui fut attaché
pendant plusieurs années au concert de la Scala, et faisait partie, en dernier lieu,
de la troupe des Folies Bobino. M. Lebassi n’avait que 40 ans." [5]
La chanson du
26 décembre 1880 l'annonce sur la scène des Folies Bobino le mardi 21 décembre, il
meurt ainsi entre le 21 décembre 1880 et le 3 février 1881. La recherche
généalogique nous informe de son décès le 15 janvier 1881 à Paris 18e. Il se prénommait
bien Auguste (Auguste Pierre en entier) et son patronyme était tout simplement " Lebas" qu’il avait latinisé en Lebassi. Il était né à Paris le 26 mai 1841,
d’un père journalier originaire de l’Eure (27) et d’une mère, aussi journalière, originaire
de St Clair-sur-Epte (78 - Seine-et-Oise, aujourd'hui 95 - Val-d'Oise).
On retrace la carrière du chanteur ainsi désigné de 1867 à 1880. En mai 1867,
il est au Casino de Lyon [6] et en juin au Casino de Marseille [7]. En août 1868, il
parait aux Bouffes stéphanois [8]. On perd sa trace
pendant la guerre de 1870, mais l’homme flûte se retrouve aux Folies Belleville en août 1871 [9]. En décembre 1871, il semble être à Tours [10]. En 1872 et 1873, il chante
au concert des Ambassadeurs (il y reprend "le coupé de Lise", créé par Bruet à
l’Eldorado). Fin 1873, on le retrouve au concert Européen. Début 1874, il est
engagé à la Scala : « L’avaleur de flûte, la nouvelle opérette de la Scala, permet à M. Lebassi de se faire applaudir tous les soirs dans ses tyroliennes ».[11] Ou encore
"M. Lebassi chante la tyrolienne avec beaucoup de succès ; il est amusant au
possible dans "Le Ténor aux oiseaux", "Le Marsouin tyrolien", "Le Plafond s’ouvre", "le
Coupé de Lise" [12]. A l’hiver 1874-75, il chante à l’Alcazar [13] . Après un passage à Troyes [14], à l’été 1875 (où on le décrit comme "des Ambassadeurs" où il est
perçu comme "une personnalité, un type unique en son genre" [15], on le retrouve à
Paris, au concert du XIXème siècle en novembre [16]. En 1876, la Scala l’accueille
après le concert du XIXème siècle [17] : "Je ne puis vous dire, dans un procès d’un
genre tout différent, si c’est M. Armand qui est le ténor et M. Lebassi qui est le
baryton, ou bien si M. Armand est le baryton et M. Lebassi le ténor. Il faut
demander cela au concert du XIXème siècle, où ces messieurs ont chanté, ou bien
à la Scala, où ces messieurs chantent à présent, du moins je le suppose, d’après ce
que j’ai entendu à l’audience des référés. Mme Roisin, directrice de la Scala,
annonçait sur ses affiches, avis et prospectus, que quand MM. Armand et Lebassi auraient terminé leur engagement au XIXème siècle, c’est-à-dire à la fin du mois,
ils se feraient entendre à la Scala. M. Dajou, propriétaire du concert du XIXème
siècle, demandait au juge des référés autorisation de lacérer, détruire,
annihiler ces affiches, avis et prospectus, qui lui portent préjudice, et, pour cette
exécution, de se faire assister par le commissaire de police et la force armée.
Quoique à la Scala, le sceptre soit en quenouille, il est tenu d’une main ferme.
Mme Roisin n’a pas eu peur, et elle a simplement répondu qu’elle avait le droit
d’annoncer ce qui était strictement exact et ce que M. Dajou ne pouvait contester.
Et Mme Roisin a eu raison. Le juge a décidé qu’il n’y avait lieu à référé." [18] Cette
anecdote illustre la lutte acharnée que se faisaient les concerts entre eux pour attirer
les bons chanteurs. Lebassi fait donc les délices de la Scala en 1876 [19] et en 1877 [20].
En septembre 1877, il effectue un passage au théâtre de Reims [21] avant de rentrer à
Paris intégrer, en décembre, les Fantaisies Oller sous la direction de M. Dajou
(précédemment directeur du concert du XIXème siècle !) [22] L’an 1878 qui débute le
voit rester aux fantaisies Oller [23]. Ses succès sont : "Drôle d’aventure", "Ne
m’en parlez pas", "Le joueur de flutiau", "le ténor phénomène", "Les femmes
pour rire", "le coupé de Lise". A la fin de l’année 1878, il joue au Concert de la
Ruche, où il participe à la revue de fin d’année : "tant va la ruche à l’O" [24]. A l’été
1879, Lebassi est au concert du Cadran à Auteuil. Un incident s’y déroula
fin septembre, narré en 1880 : "Au café-concert du Cadran à Auteuil, on jouait
l’été dernier, pour la plus grande joie des habitués du lieu une opérette
désopilante, ayant pour titre : la Médecine sans médecin. Comme conclusion, l’un
des acteurs, bossu comme on ne l’est plus, prenait son compère dans ses bras et, le
portant jusque’à l’issue de la scène, faisait mine de le jeter hors de chez lui.
Pendant une quinzaine de représentations, tout alla à merveille. L’expulsé, M.
Lebassi, retombait de son mieux des bras du bossu sur ses orteils et ne s’en sortait
pas plus mal ; mais, le 28 septembre dernier, soit que M. Lebassi eut, ce jour-là,
des dispositions à l’équilibre instable, soit que le bossu ayant dîné trop
plantureusement, se sentit une vigueur exceptionnelle, l’infortuné M. Lebassi dégringola tout un escalier qui conduisait de la scène au foyer des artistes et se
fractura la clavicule en touchant le sol. Il lui fallut trois mois de séjour à l’hôpital
de la Pitié pour se rétablir. Valide aujourd’hui, M. Lebassi a pensé que l’accident
dont il avait été la victime pouvait bien être imputé pour une part à M. Chéret, le
directeur-propriétaire du café-concert du Cadran, qui avait placé son escalier trop
près de la porte, sans le munir d’un garde-fou ; il l’a donc assigné devant le
tribunal correctionnel de la Seine, sous l’inculpation de blessures par imprudence,
et, hier, toute la troupe du Cadran a défilé devant cette juridiction, le terrible bossu
à sa tête. Interrogé pour savoir si, d’aventure, il n’aurait point coopéré quelque
peu à cette fracture de M. Lebassi en le poussant plus que de raison, faute de sangfroid,
celui-ci a répondu en se rembossant : “Certes, nous autres artistes à succès,
nous sommes exposés à boire quelques verres avec les spectateurs ; mais ce soir-là
l’occasion ne s’en était pas encore présentée”. Après avoir entendu Mes Raveton et
Boyer, le tribunal a déclaré qu’il n’y avait pas, en cette circonstance, de
responsabilité pénale pour M. Chéret, et il a débouté M. Lebassi de sa demande de
trois mille francs en dommages et intérêts." [25] Il faut rappeler que trois mois sans
pouvoir travailler n’étaient couverts par aucun type d’assurance... Cet accident
éclaire peut-être le concert à bénéfice de la même année... Mais Lebassi n’attend
pas le jugement de 1880 pour reprendre le chemin des planches. En avril 1880, il
chante au concert du XIXème siècle : "les Femmes pour rire", "le Coupé de
Lise", "Si tu savais Jeannette", "le Virtuose automate", "Flutiou", "Cinq ans
d’absence", "le Ténor phénomène", "Salut, printemps" [26]. De juillet à
septembre, il est au Concert de Lyon [27]. De novembre à décembre, il est
aux Folies Bobino [28].
Auguste Pierre Lebas s’éteint à Paris le 15 janvier 1881, sans
que l’on sache ce qui a causé son décès prématuré...
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Notes :
[1] Henri MALLET, "Chronique des sociétés lyriques", dans La Chanson, 1er décembre 1879, p. 120.
[2] Alfred BERTINOT, "Chronique des concerts" dans La Chanson, 26 décembre 1880, p. 261.
[3] Journal Officiel de la République Française, 23 janvier 1876, p. 687 (souscriptions recueillies au
commissariat de Clichy (Liste n° 12,840).
[4] Jules CéLèS, "Cafés-concerts" dans Le Réveil, Journal Paris-Lyon, n° 11, 25 mars 1867, p. 3.
[5] Gazette lyrique n°14, 20 janvier-3 février 1881, p. 4
[6] Le Café-concert, 5 mai 1867, p. 3.
[7] Le Café-concert, 9 juin 1867, p. 3.
[8] Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 6 août 1868, p. 3.
[9] L’Europe artiste, 13 août 1871, p. 1.
[10] L’Union libérale (Tours), 30 décembre 1871, p. 3.
[11] La petite presse, 24 juin 1874, p. 4.
[12] L’album théâtral, deuxième année n° 20, 1er janvier 1874, [p. 2.]
[13] H. TESSIER, L MARCEL, Almanach théâtral, Paris, 1874, p. 129.
[14] A la Salle du cirque de Troyes. L’avenir Républicain, 4 juillet 1875, [p. 3].
[15] L’avenir Républicain, 23 juillet 1875, [p. 3].
[16] "Concert du XIXème siècle", dans L’Orchestre, 23 novembre 1875, [p. 2].
[17] René DE SAINT-PREST, "Théâtres" dans Scapin, 23 septembre 1876, p. 3.
[18] PETIT-JEAN, "Courrier du palais – La Scala et le Concert du XIXème siècle" dans Le monde
illustré n° 995, 6 mai 1876, p. 295.
[19] "Spectacles et concerts" dans Le Tintamarre 11 juin 1876, p. 7 ; L’Album théâtral, 1er octobre
1876, [p. 2].
[20] Henry DE LAPOMMERAYE, "Nouvelles des théâtres" dans La France, 20 janvier 1877, p. 4 ;
"Concert de la Scala", dans L’Album théâtral, 1er avril 1877, [p. 2].
[21] Pangloss, "Province" dans Le Monde artiste, 22 septembre 1877, p. 4.
[22] H. DE FOVILLE, "Fantaisies Oller" dans Le monde artiste, 29 décembre 1877, p. 3.
[23] L’orchestre, 2 janvier 1878, [p. 2].
[24] Voir l'affiche, ci-contre en haut à gauche..
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