"Romanitza" (La Roumaine, en français)
Collection Dimitar Malchev







































Nitta-Jô


Énigmatique Nitta Jô...

On ne connaît d'elle que son vrai nom, Jeanne Daflon, et son nom de scène parfois écrit Nita-Jo (un seul "t"), parfois Nitta-Jo, parfois sans trait d'union et parfois Nitta Jô...

Elle serait née vers 1890, peut-être même un peu avant, car ses débuts, elle les aurait faits à Marseille, aux Variétés-Casino, en 1907, mais comme dans tous les enregistrements qu'elle a faits particulièrement dans les années trente il n'y a aucune trace de l'assent de la région, on serait tenté, pour découvrir ses origines, de diriger ses recherches, ailleurs, vers Paris d'abord sauf que, comme nous le mentionne le toujours très renseigné Marc Béghin †, pas une mention d'elle dans aucune mairie. - Conclusion : elle est née nulle part.

Philippe Chauveau nous dit qu'elle était à Ba-Ta-Clan en 1910 et puis, en 1931 ou 1932, à l'Alhambra. Entre les deux, rien.


Sauf que

Dans le Répertoire des Disques Pathé de 1914, dix-sept titres (9 disques) mais on parle d'enregistrements qui auraient été faits entre 1908 et 1912, certains précédés de l'annonce "Par Nitta Jo de l'Alhambra". C'est qu'elle y était, bien avant les années
trente... :

"Ah ! Mireille" (Chanson grivoise)
"Zyrka !" (Deux versions)
"Amour napolitain" (Idylle tragique)
"La toquette" (Chanson grivoise)
"Au chant des binious"
"Le jeune homme du métro"
"Bous-Bouss-Mé"
(Chansonnette légère)
"Vien à qui" (Chansonnette grivoise)
"Ça sent toujours l'amour" (Chansonnette)
"Napolinette"
"Fille d'Espagne"
(Marche)
"You-You sous les bambous" (Chanson vécue)
"Fioretta d'Amore" (Fleur d'amour)
"La tour pointue" (Chanson-Valse)
"Grain de beauté" (Chansonnette grivoise)
"Tire, tire, Ninette" (Chansonnette légère)
"Marche d'amour" (Chanson)

On parle ici et là de tournées : à New York (1926), en Espagne (1927), à Genève, Milan, Rome, à Constantinople, en Roumanie, en Égypte, en Turquie, en Suisse... - Existeraient, paraît-il, du début et peut-être du milieu des années vingt quelques Odéon espagnols, d'autres enregistrements faits à Bucarest...

Chose certaine, dès le début des années trente, elle est à Paris et elle n'est pas méconnue car elle tourne :

Dans Cendrillon de Paris de Jean Hémard (1930) aux côtés d'Alibert, de Pauline Carton, de Marguerite Moreno...

Dans La fortune du même (1931) avec, en vedette, un tout jeune Claude Dauphin.

Dans Toine (1932) de René Gaveau avec Andrex, Karl Ditan et Fortuné.

Et puis il existe au moins deux autres films où elle était sinon en vedette du moins de la distribution, deux autres films que la vénérable Internet Movie Database n'a pas encore répertoriés :

Paradis d'Afrique

et

Mon oncle de Marseille.

Elle enregistre également :

53 faces pour la société Columbia [*]. - Entre 1930 et 1936. - Ce sont, aujourd'hui, à peu près tout ce qui nous reste d'elle car...

Après... Rien mais vraiment rien.

On l'aurait repérée (dixit Monsieur Béghin †) sur une photo prise au cours d'un repas de fête en 1953 mais où et à quelle occasion ? - On ne sait pas.

Conclusion : née nulle part, elle est également décédée nulle part.

Et pour compliquer les recherches un peintre japonais, né en 1900, décédé en 1945, avait pour nom Nitta Jo...

Avouez que, biographiquement parlant, c'est très curieux.


Les photos d'elle sont rarissimes. On en connaît trois ou quatre.

Sur le maigre dépliant joint à un coffret que Pathé-EMI lui a dédié (voir ci-contre), une affiche dont on ne dit pas la provenance.

Quant à ses films, il y a longtemps qu'ils ont été oubliés.

En voici, cependant, un court extrait tiré de Cendrillon de Paris où elle chante un couplet de "Ta voix" (d'Étienne Recagno et Roger Dumas) unechanson que Damia n'aurait pas refusée. - Au fait, est-ce bien Nitta Jô ou serait-ce Damia elle-même ? - À vous de juger.

(Cette chanson a été reprise par la suite non par Damia mais par La Palma et Berthe Sylva.)


Coté enregistrements,Chansophone a repris, en 1995, quelques uns de ses "succès"
(CD Succès et raretés 1930-1935) (numéro 133) :

  • "Ta voix"
  • "Sainte Catherine de Paris"
  • "Les gosses"
  • "Tango des Roses"
  • "La folle"
  • "Senorita"
  • "Cocaïne"
  • "C'est vous que j'aime"
  • "Du feu"
  • "Sous l'ombrelle"
  • "Être aimée de toi"
  • "Fleur de joie"
  • "Aime-moi"
  • "Ton regard"
  • "Belle Gitane"
  • "Roule"
  • "Fumée d'amour"
  • "Si tu me veux"
  • "Mais non"
  • "Caïn"
  • "Mon beau matelot"
  • "Sahara"
  • "Écoute l'amour".

Pathé-EMI cité ci-dessus a repris, en 2001, dans un coffret double (numéro 7243 533120 2) les mêmes titres (sauf "Caïn" et "Mon beau matelot") en leur ajoutant :

  • "Un rien !"
  • "La fortune"
  • "Les gueuses"
  • "Quand une femme dit "non !"
  • "Casablanca"
  • "L'étudiant passe"
  • "Malgré toi"
  • "T'avoir à moi"
  • "Un air de tango"
  • "Un homme qui passe"
  • "Chico"
  • "L'horizon du cœur"
  • "C'est ton ombre"
  • "Munchita"
  • "La fille du mal"
  • "La course folle"
  • "Valsons! mon amour"
  • "Un tout petit pied"
  • "L'oiseau de nuit"
  • "Dis-moi que tu m'aimes"
  • "Dans le caboulot"
  • "Je veux un p'tit homme"
  • "Du vent dans les voiles"
  • "J'ai soif"
  • "Mesdam's répondez : oui"
  • "Soirs de Grenade"
  • "Sorcière"

Comme on peut le constater, le répertoire de Nitta Jo fut très varié. - Ses interprétations le furent également. Parfois, on croirait entendre Suzy Solidor ; à d'autres endroits, Damia, Berthe Sylva, naturellement et puis Yvonne Printemps , Charlotte Gaudet (dans ses premiers enregistrements) et même l'inoubliable inoubliée que fut Fréhel. - Et puis quoi ? Nitta Jo en meneuse de revue ? Pourquoi pas...

Dans le lot se détache "Le tango des Roses" de J. Rivière, Scheier Bottero (1931) créé par Vorelli en 1929, endisqué pour la première fois par Fred Gouin la même année, et qui mérite d'être cité en entier.

(J. Rivière, Scheier Bottero) - 1931

Aime-moi
Comme on aime une rose
Qu'un rayon de soleil fait éclore
Cueille-moi
Je suis ta fleur, je suis ta rose
Qui meurt, hélas !, à peine éclose
Pour toi seul est mon cœur.

Pas mal, mais pas mal du tout, non ? - Et Nitta Jo a eu l'intelligence de chanter le deuxième couplet :

Mais vint un triste jour
Où finit leur amour
Comme une rose
Par le froid saisie
Toute sa beauté
S'évanouit...

Sinon, ça aurait fait un peu trop mélo.

Pour le reste, on ne ferait pas une grande erreur - une opinion - si, dans ses meilleures interprétations, on lui préférerait Damia.


Note du 21 février 2011 [*] : Un lecteur anonyme, nous précise ceci, sur notre Forum : "...Nitta Jo à travaillé à l'Empire, comme elle est créditée sur certains disques Columbia des années 30 ( "La Fortune", Columbia DF 663...et DF 664 par exemple). Au vu du mystère qui plane apparemment autour de cette Dame, il me semblerait intéressant de le préciser." - Voilà qui est fait !