A Montmartre
avec Mystico, son chien






Dessin de Fernand Fau






Dessin d'Henri-Gabriel Ibels (1867-1936)
Art Institute Chicago






Dessin de Stenlein
(http://www.steinlen.net)











"Le Moulin Rouge"
Les paroles se trouvent au n° 92
de la Deuxième série des
Chansons Illustrées











Pour en apprendre davantage, voir
le site consacré à Marcel Legay.

Marcel Legay

Joseph Arthur Jacques dit Marcel Legay, né à Ruitz (Pas-de-Calais) en 1851, mort à Paris en 1915.

De tous les chansonniers montmartrois, il fut le précurseur, bien avant l'ouverture des premiers cabarets, chantant ses chansons dans les rues, s'accompagnant à l'harmonium, vendant ses œuvres en petits formats au prix faramineux de 10 centimes. Issu du Conservatoire de Lille, il se joignit, peu de temps après son arrivée à Paris, aux Hydropathes [*] puis fut membre de la première équipe du Chat Noir avant de fonder son propre établissement, la Franche Lippée dont la durée fut, mettons, courte, mais comme on le lira ci-dessous, ce ne fut pas la fin de ses aventures, que le début.

Bon musicien, il mit plusieurs poèmes de Copée, Richepin, Daudet, Louis Michel et plusieurs autres, notamment Maurice Boukay (Chansons rouges).

De lui, nous reste, entre autres, "Écoute ô mon cœur", dont il a composé paroles et musique et dont voici le refrain :

Écoute, ô mon cœur, écoute la harpe
Du vent de chez nous, du pays d'Artois.
C'est un très vieux air, des bords de la Scarpe
Qui chante aujourd'hui tout comme autrefois.

... que Pierre Valray a recréé et dont cet extrait se trouve au numéro 59 de nos Chansons perdues, chansons retrouvées :

"Écoute ô mon cœur" (extrait)

Marcel Legay ?

Voici ce que le chansonnier Léon de Bercy, dans son Montmartre et ses chansons sous-titréPoètes et chansonniers (H. Daragon éditeur, Paris - 1902) écrivit de ce chansonnier :

Quatre ans avant que le premier cabaret-chantant vînt s'installer à Montmartre, un chansonnier-compositeur interprétait lui-même ses œuvres en public, au pied de la Butte qu'allaient bientôt doublement mais si diversement illustrer l'Art et la Foi.

Chaque soir, au coin des boulevards Ornano et Rochechouart, depuis l'heure de la remontée des travailleurs jusque vers la minuit, un barde au "bouc" noir de chasseur à pied et à la crinière absalonnienne, très heureusement servi par un organe aux notes claires et puissantes, - à travers l'envolée de quoi se discernait pour le connaisseur le sceau du travail et de l'étude et qui s'imprégnaient déjà d'un sentiment artistique peu banal, - lançait, devant une assemblée où dominaient les petites ouvrières avides de mélodie, des refrains que promptement populariseraient les mille et mille jolies bouches des jeunes et charmantes auditrices.

Adossé à deux chevrons verticaux supportant à deux mètres au-dessus du sol une paire de "punch" de pétrole dont les flammes s'enflaient et se couchaient sous les caprices de la brise, un harmonium soutenait de ses accords la voix chaude et vibrante qui s'élevait parmi les frondaisons, tour à tour caressante, suppliante et preneuse :

Et je disais alors à ma belle au cœur tendre :
"Demain, sous les bosquets, loin des regards jaloux,
"Quand sonnera minuit, seul, j'irai vous attendre.
"N'allez pas oublier l'heure du rendez-vous !"

- Demandez "l'Heure du Rendez-Vous !" de Marcel Legay !... Demandez ! Paroles et musique, dix centimes.

Et les formats s'enlevaient. Et le public reprenait en chœur :

"N'allez pas oublier l'heure du rendez-vous !"

Et c'était charmant, ce tutti de voix fraîches presque encore enfantines de nos mignonnes Montmartroises se mariant au "creux" sonore de Marcel Legay !

Beaucoup s'étonneront qui ignoraient ces débuts du compositeur de Toute la Gamme (Brandus, édit. 1886), des Chansons Rouges (Sur des poèmes de Maurice Boukay. Flammarion, édit. 1897), des Rondes du Valet de Carreau (Marpon et Flammarion, édit. 1887), des Chansons Cruelles (Poésies d' André Barde, préface de Jean Richepin. Ollendorff, édit.1895), des Chansons de Cœur (Poésies d'Emile Antoine. Ollendorff, édit. 1896), des Chansons fragiles (Chansons de Paul Romilly. Flammarion, édit. 1898), des Ritournelles (Vingt mélodies sur des paroles de Claude Moselle. Baudoux, édit. 1900), et de tant d'autres choses charmantes où pullulent les chefs-d'œuvre. "Marcel Legay chanteur de rue! Marcel Legay camelot, vendant sa musique en plein vent!" s'exclameront-ils. Eh! ma foi, oui. Et je ne sache pas que Legay en ait jamais rougi. Au contraire.

Aussi bien, n'est-il pas superflu d'ébaucher ici l'exposé des premières luttes qu'il eut à soutenir contre le sort avant de parvenir à la juste célébrité dont il jouit aujourd'hui.

Legay (Arthur-Marcel) naquit le 8 novembre 1851 à Ruitz, arrondissement de Béthune, d'une famille de porions (mineurs) qui le destinait à l'état de tonnelier. Quand se déclara la guerre franco-allemande, il s'enrôla au 20e chasseurs à pied et termina son service militaire au 43e régiment d'infanterie comme clarinettiste.

A sa libération, il fut, grâce au "piston" de son ancien chef de musique, admis au Conservatoire de Lille dans la classe de Boulanger, qu'il quitta avec un engagement pour le théâtre du Havre, où il se produisit dans la Favorite. Mais sa mauvaise vue l'obligea à abandonner la scène théâtrale. En 1876, avec environ deux mille francs d'économies, il vint à Paris, où il rêvait de rencontrer facilement succès, gloire et fortune, mais où il ne rencontra tout d'abord qu'un ancien camarade de régiment domicilié à Villejuif, qui s'offrit à loger notre baryton et son petit magot.

Legay, n'y voyant pas malice, accepta d'enthousiasme et, dès le lendemain, délesté de son numéraire, que la prudente administration du copain allait rapidement aliéner, il partit à la conquête de la capitale, arrêtant d'avance son programme: chanter le soir dans un café concert et travailler le jour à la composition de chansons qu'il ferait interpréter par ses futurs camarades de planches. Il alla frapper successivement à la porte de presque toutes les directions.

"- Quel genre chantez-vous ? lui demandait-on.
"- L'opéra."

On le regardait alors comme un phénomène. Qu'est-ce que l'opéra venait faire au beuglant ? Et on reconduisait.

Cependant, le "père" Renard, qui dirigeait l'Eldorado, - alors communément réputé Académie du café-concert, - consentit à lui laisser donner audition. Ce fut une nouvelle déception. Enfin, le compositeur Byrec, qui exploitait, rue Biot, le Concert-Européen, l'engage pour chanter à l'œil pendant trois mois le répertoire d'opéra. Au cours de cet engagement, Byrec, qui espérait avoir en son nouveau pensionnaire un interprète de ses productions, lui demande de se mettre à la chanson de café-concert. Surpris et presque froissé, Legay refuse. Le soir même, de la salle, un quidam le siffle, mais le public proteste et la musique de Méhul, de Mozart, de Verdi, de Gounod, de Massenet et de Saint-Saë ns retentit huit jours encore à la rampe du concert batignollais.

En même temps et aux mêmes conditions, Legay se produit sur la scène de l' Harmonie, brasserie-concert située faubourg Saint-Martin et "où le service était fait par des dames", pour la plus grande joie d'un public en majeure partie composé de garçons bouchers.

Il utilise ses heures de loisirs à écrire des bluettes qu'il met en musique; mais le placement n'en est guère facile: la fortune continue à se montrer rebelle. Pourtant, le compositeur Goudesonne, qui tenait le Concert de la Ruche (boulevard Saint-Martin et rue de Bondy, en bordure de la place du Château-d'Eau), vient raviver l'espoir du jeune chansonnier en lui faisant une place dans sa troupe, aux appointements de cent francs par mois. Simultanément, Legay se fait entendre dans les "caveaux" et dans les sociétés lyriques et aussi au Chalet, beuglant de bruyante mémoire, qui s'élevait sur un terrain bordé aujourd'hui par le boulevard Saint-Michel, la rue Auguste-Comte et l'avenue de l'Observatoire.

C'est à cette époque qu'il compose "L'heure du Rendez-Vous", "Pour un baiser de femme" et "Le Moulin de la Galette" sur des vers de Gérault-Richard, qu'il interprète le soir en plein air, boulevard Rochechouart, Place-Clichy, à la Ferme-Saint-Lazare, Place-Saint-Pierre et, les jours de marchés suburbains, hors barrières, aux portes de Paris. Il édite lui-même la première de ces chansons avec trente francs que lui prête son garçon d'hôtel - car il a renoncé au trop lointain Villejuif et transporté ses pénates à Montmartre, où ses mélodies deviennent vite populaires; car on l'y entend de tous côtés : à la brasserie de la Nation, rue de la Nation - où la police fait un soir irruption, en quête de l'introuvable Walder, l'assassin présumé du pharmacien de la place Beauvau, - chaussée Clignancourt, dans un café-chantant établi près de l'entrée de la rue d'Orsel, rue Ramey, au concert de la Jeune-France, devenu depuis 1891 le café Oriental, au Moulin de la Galette, où il chante, au milieu de l'orchestre qui l'accompagne, sa polka du "Moulin de la Galette", dont "cavaliers" et danseuses reprennent en chœur l'entraînant refrain.

Le succès donne alors à Legay l'idée de fonder, en compagnie de son collaborateur Gérault-Richard, une maison d'édition de musique. A cet effet, ils louent à bail une boutique au coin de la rue de Rocroy et du boulevard de Magenta, mais comme ils oublient fréquemment d'en ouvrir les volets, les camelots s'y cassent le nez et le magasin reste vide de clientèle. Toutefois, la maison, qui prend pour enseigne Aux auteurs réunis, a son utilité : elle abrite, la nuit, quelques camarades peu fortunés, dont le pauvre Jules Jouy, qui élit domicile sur le comptoir. L'entreprise vit six mois, au bout desquels le propriétaire se fait tirer l'oreille pour la résiliation du bail. Mais tout finit par s'arranger, et, Legay transfère le fonds en sa chambre de la rue Bervic et donne ses répétitions au cabaret des Assassins, rue des Saules, où affluent les chanteurs ambulants, désireux de mettre à profit le triomphe remporté chaque soir au XIXe Siècle par le chanteur Debailleul, avec la sentimentale bluette :

C'était avec Ninon...
Si je vous dis son nom,
N'allez pas le redire !
Nous n'avions que vingt ans.
Dans nos cœurs le printemps
Avait mis le délire:
Au grand livre d'amour,
Sans oublier un jour,
Tous deux nous aimions lire.
Si je m'en souviens bien,
Alors nous n'avions rien
Dans notre tirelire;
Mais j'avais, en retour,
Pour Ninon tant d'amour
Qu'en lui donnant mon âme,
Je lui disais bien bas :
"Que ne ferait-on pas...
"Que ne ferait-on pas
"Pour un baiser de femme ?"

Le 28 février 1879, Robert Planquette et Goudesonne lui servant de parrains, Legay se présente à la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de musique, qui l'accueille et lui verse bientôt le montant assez rondelet de ses droits.

La guigne est enfin amenée à résipiscence. Notre musicien a le pied à l'étrier! Un succès encore et il enfourchera résolument Pégase pour franchir avec assurance les étapes qui jalonnent la route tortueuse de la renommée, au bout de quoi l'attendent la gloire... et la fortune!...

"- Pourquoi ne vas-tu pas voir Jean-Baptiste Clément ? lui dit un jour le chanteur Viala.
"- D'abord parce que je ne le connais pas, et...
"- Bah! va le voir quand même et demande-lui qu'il t'autorise à mettre de la musique sur le Semeur.
"- Le Semeur ?
"- Oui. C'est tout à fait dans ta note. Personne n'en a rien pu faire encore; mais toi, j'en suis certain, tu en feras quelque chose d'épatant;... je te "créerai" ça à l' Eldorado, Ça te va ?
"- Ça me va."

Et, le lendemain Legay sonnait chez J.-B. Clément de retour d'exil, qui le reçut plutôt fraîchement et l'adressa à Louis Capet, régisseur du concert de l' Eldorado, lequel lui fit confier par Renard, le directeur, la poésie du chansonnier révolutionnaire.

La musique en fut bientôt faite - comme dit la chanson - et quelle musique!

Tradéri déra, lonla !
Je sème du blé.
Qui le mangera,
Lonla ?
Qui le mangera ?
Ah !

Le public des fauteuils ne trouva pas la chose de son goût, mais les spectateurs des galeries firent une ovation à Viala avant même qu'il eût terminé; et "Le Semeur" valut à l'artiste le renouvellement de son engagement.

La partie était gagnée pour Legay; il venait de "trouver" sa note il était désormais... Sur la présentation du poète Adelphe Froger, les Hydropathes [*] l'admirent comme citoyen de leur république d'arts et des lettres. Avec eux, il revint Montmartre et fut ainsi un des premiers ouvriers de la célébrité du Chat Noir. Il appartenait alors au Concert du XIXe Siècle, où se faisait entendre Aristide Bruant, qu'il entraîna un soir sur la Butte et dont il prépara ainsi, inconsciemment, à l'orientation vers le succès et la fortune. En mon souvenir chante encore la musique qu'avait composée Legay sous la fable de La Fontaine "La cigale et la fourmi", et celle du "Semeur" - dont les notes puissantes firent plus de deux mille fois trembler la verrière du cabaret - et aussi celle de "Vive la Terre !" sur des couplets de Gérault-Richard.

A l'époque du transfert rue de Laval, il quitte Salis, dont il se vante de n'avoir jamais été le commensal sans payer son écot, tel un client, et va fonder rue des Abbesses, au coin de la rue Ménessier, le cabaret de la Franche-Lippée, dont il fait décorer les vitres par le peintre Marius Etienne et où, pendant quelques mois, les poètes et chansonniers bohèmes - entre autres Hector Sombre, René Esse et Léon Mayot - sont hébergés moyennant une chanson ou une pièce de vers, puis il retourne au "Quartier" et fait les beaux soirs du Caveau-Latin, où Lucien Hubert, le député actuel des Ardennes, disait des vers. Ce Caveau occupait l'emplacement acquis il y a quelques années par la Compagnie des chemins de fer d'Orléans pour l'établissement de la gare du Luxembourg.

En 1891, aux soirées de la Plume, dont il est un des assidus, Legay fait la rencontre de Maxime Guy, secrétaire du concert de l' Eldorado, celui-ci le présente à Brigliano, qui l'engage à de jolis appointements. Et là, il chante la musique qu'il a écrite sur "La Petite qui tousse", de Jean Richepin, "Trois Jours de Vendange", d'Alphonse Daudet, "le Cochon", de Charles Monselet, "Odette au Sommeil" d' Émile Goudeau, "Libérations", de Paul Marrot, "J'ai quatre plumes à mon Chapeau", de George Auriol," l'Ecole Buissonnière", de Durocher, et "Si tu le voulais", de Gérault-Richard, et "la jeunesse des Ecoles", dont il est le favori, vient de l'y acclamer.

Un soir que j'assistais à la représentation de l' Eldorado, un philistin grincheux, qui occupait le fauteuil contigu au mien, se permet de critiquer à haute voix les cheveux, la redingote, les gestes, la voix et la musique de Legay. L'impatience me gagne: je veux imposer silence à cet épicier qui me répond, rouge de colère : "Je ne viens pas au concert pour entendre de ces c...ries-là !... Et puis, si vous n'êtes pas content, vous pouvez sortir!"

"- Sortez vous-même, lui dis-je agacé, puisque le spectacle vous déplaît, moi, je reste."

Et furieux, j'administre au monsieur une bourrade qui l'envoie... dans les bras d'un garçon. On le "sort" et je me rasseois, sans plus...

En 1893, Legay chante au Divan-Japonais, l'année suivante, il est avec Jouy aux Décadents ; il y crée la Muse Verte, fantaisie lyrique en six tableaux, poème de Léon Durocher, avec, comme partenaire muet, Mlle Lovely, qui symbolisait la Muse. Il entre bientôt aux Quat'-z-Arts et chante en même temps au Concert Parisien et à la Gaîté-Montparnasse. Peu après, il prend la direction du cabaret des Noctambules, 7, rue Champollion, et y fait défiler tous ses camarades de Montmartre. En 1898, nous le retrouvons à Trianon, où M. Chauvin le paye à raison de 1.800 francs par mois. En 1899, il publie ses Proses en Musique, qui ne furent données qu'une seule fois en public, à la salle Charras.

N'étant pas musicien, je ne puis analyser ici cette curieuse tentative de Marcel Legay, mais je me rappelle l'émotion que fit naître l'exécution de sa musique et la spontanéité, que mit l'auditoire tout entier à bisser Melchissédec sur cette phrase de la Vie de Jésus : "Il ne vit que l'ingratitude des hommes ; il se repentit peut-être de souffrir pour une race vile, et il s'écria : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"

La critique rendit compte avec éloges de cet essai hardi ont elle encouragea l'auteur ; mais Legay - je ne sais pourquoi - ne le voulut point renouveler....

Sur l'invitation de M. Taffin, propriétaire du cabaret Al'Tartaine, Marcel Legay, quelques mois avant l'Exposition de 1900, transforme cet établissement, qu'il baptise L'Alouette, et où il choisit comme collaborateurs Mlle Irma Perrot, Yon Lug, Léon Durocher, Paul Daubry, Gaston Coûté, le baryton Harry Weber... Mais il est là comme dépaysé et ne tarde pas à retourner aux Quat'-z-Arts. Après l'Exposition, où il se produisit pendant quelque temps au Vieux-Paris, il monte, rue Cujas, le cabaret du Grillon, qu'il dirige encore actuellement.

L'œuvre de Legay actuellement en librairie comporte : Toute la Gamme, Brandus, éditeur, 1886, Les Rondes du Valet de Carreau, Flammarion, 1887, Chansons Cruelles et Chansons Douces, poésies d' André Barde, Ollendorff, 1895, Chansons de Cœur, avec Emile Antoine, Ollendorff, 1896, Chansons Rouges, avec Maurice Boukay, Flammarion, 1897, Chansons Fragiles, avec Paul Romilly, Flammarion, 1898, Ritournelles, avec Claude Moselle, Baudoux, 1900. Il a en outre en préparation deux volumes avec Serge Basset, Claude Moselle, et un troisième avec moi, sous ce titre : Chansons de Plein Air.

Enfin, il vient de composer la musique d'une épopée en ombres de Georges d'Esparbès, que vient de monter le Petit-Théâtre.

Presque toutes les scènes de café-concert et les tremplins de cabaret de Paris ont vu passer Marcel Legay ; et la province a eu maintes fois l'occasion de l'applaudir : Nancy, Dijon, Bordeaux, Tours, Berck-sur-Mer, le Tréport, Besançon, Dôle, Gray, Lons-le-Saulnier, Montélimar, Luxeuil et Quiberon virent leurs tréteaux illustrés par la longue redingote et la demi-crinière du compositeur "chauve-chevelu", ainsi que l'appelait Jules Jouy.

Malgré la cinquantaine, Legay psalmodie, pleure ou crie ses chansons avec le même emballement, la même foi et le même sentiment d'art qu'il y a vingt ans. Sa voix, qu'il va "chercher dans le ventre", vibre toujours avec autant d'intensité ; il la souligne de gestes qui n'appartiennent qu'à lui et qui l'aident à faire passer dans sa diction un peu de son cerveau et de ses nerfs, et beaucoup de son âme. En dépit de l'étrangeté qu'il offre à l'oreille et au regard lorsqu'on le voit et l'entend pour la première fois, on ne peut se défendre de l'émotion qu'il vous communique ; on reste l'haleine suspendue ; on applaudit presque malgré soi ; et l'on se dit en fin de compte : "Voilà un rude artiste !" Et c'est aussi l'avis de la direction des Beaux-Arts, qui lui fit décerner, il y a quelques années déjà, les palmes d'officier de l'Instruction Publique.


[*] Voir la note dans la mini-biographie d'Émile Goudeau.