Georges Dorfeuil - Père et fils
orfeuil, père, né Georges Saint-Yves, dit Corrard-Dorfeuil, le 25 juin 1848, à Troyes (10 - Aube) [*]. Auteur,musicien, compositeur à l'occasion, directeur de la Gaîté-Montparnasse et du Concert Parisien, dont il a racheté le fonds en 1894, à Musleck, un ancien maitre-nageur s'étant, en 1889, improvisé directeur. Il y programmera Yvette Guilbert, Dranem, Max Dearly et y fait débuter Mayol le 1er mai 1895 (d'où le fameux muguet).
Après des études de droit, dont il sort docteur, le voilà attaché aux bureaux de l'Hôtel de Ville où la production de chansons dépasse celle de rapports ! Tout cela finira par une démission pour se consacrer exclusivement au café-concert qu'il adorait. La liste serait longue des grandes vedettes qui débutèrent sous ses sages conseils - qui lui
durent même souvent la révélation de leur propre talent.
Directeur, chansonnier, auteur dramatique, il fut, en outre, un président très actif de l'Association des Directeurs de Cafés-Concerts et un dénicheur de vocations.
Dranem, à qui l'on demandait où il avait a appris les planches répondit : "Mon école théâtrale, à moi, ce fut le concert
du père Dorfeuil... c'est lui qui me fit débuter". Sans ironie et même
avec quelque fierté et beaucoup de reconnaissance au fond du cœur, Dranem donnait ainsi
ses origines dramatiques.
Le 25 janvier 1873, à Paris 19e, il aura un fils, Georges Corrard dit Corrard-Dorfeuil, Dorfeuil fils, avec Marie Eugénie Delahaye, qu'il épousera en 1882.
Georges Saint-Yves, dit Corrard-Dorfeuil, Dorfeuil père décèdera [**], à 55 ans le 8 février 1904 à Paris, 14e.
Note : [*] Acte de naissance n° 441 dressé en mairie de Troyes (10 - Aube)
[**] Acte de décès n° 617 dressé en mairie du 14e arrondissement de Paris.
Le 25 décembre 1875, François Jamin, le propriétaire de la Gaîté-Montparnasse, présente sa première revue : Vive la Gaîté. Devant le triomphe, la tradition de la revue continuera jusqu’en 1899. La plupart des revues sont signées Dorfeuil père, qui louera l'établissement à Jamin. Au décès de Dorfeuil père, en 1904, sa veuve poursuit l'exploitation de la Gaîté-Montparnasse puis cède, en 1907, sa place à son fils Georges qui, la même année engagera le jeune Maurice Chevalier (17 ans) et le jeune Georgius (19 ans). En 1913, Colette fera spectacle de pantomine et de sa plastique.
Dorfeuil père prenant la suite de Paulus, dirigera Ba-Ta-Clan de 1897 à 1899. Il est aussi ami avec Aristide Bruant.
La suite nous est racontée par Mayol dans ses Mémoires :
"- C'est en 1910 que je rachetai le Concert Parisien ; j'inaugurai ma direction le 1er septembre, en donnant mon nom à l'établissement.
- On a beaucoup épilogué, à l'époque, sur cette entreprise ; quels en furent les mobiles déterminants ?
- A la base de tout, le désir impérieux de rendre service au fils Dorfeuil, en souvenir reconnaissant de son père qui, dans cette même maison, avait si bienveillamment facilité, d'abord, puis aidé et encouragé mes débuts.
Le Concert Parisien, depuis quelques années, connaissait des destinées diverses, pas toujours très brillantes. Des directeurs parcimonieux à l'excès, persuadés qu'on pouvait gagner de l'argent sans en engager, y prétendirent vivre sur le seul renom de leur scène, dont la vogue avait été si grande. Privée des troupes régulières et solides qui en assuraient le succès, cette salle, jusque là populaire entre toutes, se défendit d'abord tant bien que mal, plutôt mal que bien. Elle tombait bientôt au rang d'une quelconque "boîte de quartier"... L'étrange idée qu'eut un de ses admirateurs d'y présenter dans les mêmes spectacles, des tours de chant de caf' conc' et des pièces du Grand-Guignol, acheva de dérouter les derniers fidèles. Le Concert Parisien, périclitant de jour en jour, abandonné par ses ultimes directeurs, revint aux mains de Georges Dorfeuil qui, dans ces conditions, ne pouvait qu'en être lourdement embarrassé. Cet établissement, dont son père avait su faire l'un des premiers dans le genre, il lui eût été douloureux de le voir transformer en une de ces boutiques de "soldes et occasions" comme il en pullule dans le faubourg Saint-Denis. Il souhaitait donc qu'on y continuât de donner des spectacles, et de café-concert, s'il était possible. Trop de chers souvenirs se trouvaient, dans sa vie, attachés à cette conception pour qu'il pût, sans chagrin, en envisager une autre. Le temps passait, pendant ces tergiversations, aggravant encore la situation lamentable du Concert Parisien, qui se trouva, au début de 1910, menacé d'une faillite, hélas imminente...
La Gaîté-Montparnasse continuait cependant à marcher honorablement, mais ces bénéfices se trouvaient aussitôt absorbés par le déficit croissant de la maison-sœur ; Georges Dorfeuil eut, légitimement, le souci de ne pas laisser entraîner celui-là dans la déconfiture de celui-ci. C'est dans ces conditions qu'il me proposa de lui racheter l'établissement tombé, certain, disait-il, que je pouvais le remettre à flot."
Georges Corrard dit Corrard-Dorfeuil, Dorfeuil fils meurt à 50 ans, le 13 mai 1923 à à Paris, 14e.
Dorfeuil père, auteur :
Source : 
| Année |
Oeuvre |
Titre |
|
| ? |
pièce à spectacle, en 1 acte, mêlée de chant |
Les Quatre petits mousquetaires |
|
| ? |
opérette bouffe en un acte |
Les tziganes de Longjumeau |
|
| 1899 |
bouffonnerie en 1 acte |
Le Fiancé des nourrices, , créée au Concert Parisien et à la Gaîté-Montparnasse |
|
| 1897 |
comédie en 1 acte et deux tableaux |
Après la vie de Bohême, (épilogue de l'oeuvre de Murger) |
|
| 1898 |
parodie en 1 acte, 1 prologue et 3 petits tableaux |
Le Nez de Cyrano, |
|
| 1898 |
tableau populaire mêlé de pantomime |
Une nuit de Paris |
|
| 1899 |
étude de moeurs sportives en 1 acte et 2 tableaux |
Paris aux courses |
|
| 1897 |
revue de l'année 1897 en deux actes et huit tableaux |
Ça vaut l'voyage |
|
| 1903 |
opérette en 1 acte |
Les Cadets de Gascogne, . Musique de M. Firmin Bernicat |

Dorfeuil père, fut un auteur et parolier prolifique pour des compositions musicales de :
Note :
Dorfeuil père, fut compositeur sur des paroles de :
Petits formats en provenance de
Une anecdote en terminant
Un jeune artiste de la Gaîté-Montparnasse devant partir au régiment, Dorfeuil père organisa une matinée à bénéfice à son profit. Le prix des places avait été augmenté, et, parce que le public du quartier est bien brave, et parce que l'affiche était pleine de promesses, le rideau s'était levé sur une salle archi-comble. Même un habitué très connu, étant arrivé un peu en retard, n'avait pu trouver le plus petit strapontin, mais conservait néanmoins le sourire. Le commissaire de police s'épanouissait dans son fauteuil ; bref chacun était à son poste et s'appretait à se divertir pour son argent…
Hélas ! Tandis que passaient les premiers numéros, un drame angoissant se jouait dans la coulisse. Sept télégrammes d'excuses venaient, à la dernière minute, accabler le directeur. M. Allems et quelques cabots bien moins notoires, qui s'étaient fait afficher, se dérobaient avec un ensemble plus parfait certes que la dernière pièce de M. Henri Bataille. Ils étaient tous souffrants, ces braves cœurs ! L'un avait un chat dans la gorge, l'autre un poil dans la main, un troisième une bonne amie en couches et les autres des grippes aussi imprévues que peu dangereuses… Que faire ? Les spectateurs réclamaient M. Albens, et ne lme voyant paraître manifestaient par des cris d'animaux leur déception - non pas certes, que ce comique manquât à leur plaisir, mais parce qu'ils n'entendaient pas être les dupes bénévoles d'une trop fallacieuse affiche. Déjà, au Paradis, les voix glapissaient élégamment : "Le pognon !… Remboursez ! Le pognon ! "
M. Georges Dorfeuil, en cet instant critique eut un trait de génie. Il sauta sur le téléphone. Comme il est très galant avec ces demoiselles de l'administration, il obtint la communication sur le champs… avec M. Mayol (Félix). Il lui exposa en deux mots la situation. "Je viens ! " dit l'artiste.
Après avoir régalé d'une douzaine de chansons le public de son concert, Mayol sauta dans un taxi et, à la quatrième vitesse, s'en fut à Montparnasse remplacer (et comment ?) les sept lacheurs… Il connut, une fois de plus, les joies du triomphe…
"Mais, me direz-vous, c'est très bien ce qu'il a fait là, seulement, il n'y a pas lieu de le hisser sur le pavois pour cette louable complaisance !"
Evidemment. Il ne faut rien exagérer, mais nous vivons à une époque de panmuflisme si forcené que les gestes des deux Félix méritaient, il me semble d'être signalés.
Rosa Larosse in Le Froufrou (16 novembre 1913)
