Source : Gallica (cote en VM28)
























Mlle Zélia à la Scala, en 1880
(2ème dans la colonne de droite)



















Les quatre dernières affiches proviennent de Gallica.

Mademoiselle Zélia

Texte de Claire Simon-Boidot

Marie Zoélie Amiscel est née à Port-Louis dans le Morbihan (56) en octobre 1844. Dernière enfant d'une fratrie de cinq, elle fut orpheline de père dès 1863. Elle mît au monde une petite fille en avril 1864. Elle était alors lingère et n'avait pas vingt ans.

Pour remonter la carrière de Mlle Zélia, les mémoires de Paulus ont servi de fil d'Ariane. En effet, ce célèbre artiste l'a citée en donnant son pseudonyme et son patronyme. Paulus évoque Mlle Zéliaaux chapitres 8 et 11 de ses mémoires. Au chapitre  8, faisant la revue des artistes côtoyés au cours de ses débuts, il la décrit en les termes suivants : Mlle Zélia (Zélia Amiscel), uneBretonne du Morbihan ; dit, chante, module avec goût ; a tout pour aspirer à l'étoilât. En l'état actuel des connaissances, elle n'a pas accédé à cet étoilât, mais elle a quand même pu vivre de son art pendant une quinzaine d'années (1867-1882).

À partir du moment où son nom de scène a été assuré, le dépouillement de nombreuses publications d'époque a permis de reconstituer en pointillés la carrière de Mlle Zélia :

  • Elle débuta au café-concert, en avril 1867 au Concert des Mines. Pena-Spada écrit : Certain article, où l'on voit le bout de l'oreille d'un collègue, in partibus, avait fort éveillé ma curiosité ; je résolus de rendre une visite au Concert des Mines ; m'y voici ... Cela se passe un peu en famille... heureusement pour quelques artistes. excepté M. Berthet, qui détaille et chante avec un certain goût ; M. Dérame qui cascade, danse et mime ses chansonnettes, avec un certain brio ; Mme Emma, qui est une romancière bien accueillie ; il n'y a rien à citer là de marquant. Mlle Zélia, fait ses premiers pas dans la carrière : elle a une grosse voix, et besoin d'apprendre à dire, à phraser et à jouer... rien que cela. Mmes Augusta et Buycet chantent et jouent la saynète..., comme des amateurs. M. Buycet donne la réplique à sa dame et la soutient dans les monologues. Et ce pauvre M. Bertin qui accompagne tout ce méli-mélo ; et le bon public qui ne se fâche pas. [1]
    En juin 1867, elle chante toujours au Concert des Mines. Le chroniqueur, Ladinsky, s'enthousiasme ainsi : il me reste encore quelques lignes ; je veux les consacrer à deux soirées que j'ai passées, à mon grand contentement, l'une aux Mines, l'autre au Concert du Château, à Vincennes. Aux Mines, j'ai remarqué Mlle Zélia, une comique de genre ; Mlle Anna, dans la saynète, et particulièrement Mlle Emma, romancière,que l'on dit quitter les Mines pour le Château-Vert [2].
    Le Concert des Mines était situé au 274 Faubourg Saint-Martin. Voici ce qu'en dit la presse de l'époque : M. Bourges, le patron du Concert des Mines, a fait dans jolie salle du Faubourg-Saint-Martin des changements et réparations importants, en vue d'une réorganisation dans la composition de ses spectacles. L'orchestre est rétabli, les saynètes vont se succéder rapidement. M. Bourges est dans le chemin du progrès ; il vient de s'attacher, comme directeur de la scène, M. Ramage qui, au XIXe Siècle, a donné des preuves d'une grande intelligence artistique [3].
    En novembre et décembre de la même année, la revue Le Café-Concert signale qu'elle cherche un engagement. Elle apparaît alors dans la liste des "romancières" et non dans celle des "comiques de genre" [4].

[1] Le Café-Concert n° 5 (14 avril 1867), p. 2 ("Chronique").
[2] Le Café-concert n° 16 (30 juin 1867), p. 3.
[3] Le café-concert n° 26 (24 nov. 1867), p. 3.
[4] Le café-concert n° 26 (24 nov. 1867), p. 4 et idem n° 27 (29 décembre 1867), p. 4.

  • Aucune revue numérisée n'a permis de retrouver l'actualité des cafés-concerts de 1867 à 1869.
  • 1869 : elle prête son concours à une collecte de soutien en faveur de trois orphelins. Le fait divers, dramatique au demeurant, est relaté par deux organes de presse. Le Figaro présente ainsi les choses : Pour les petits orphelins, S. V. P. ! Il y a quelque temps est mort un ouvrier typographe. Un mois après, sa femme le suivait dans la tombe. Ce double deuil laisse trois petits enfants à la charge de l'aïeul, un vieillard, typographe lui aussi, mais que son âge empêche de travailler. Les typographes ne font qu'une famille. Aussi les compositeurs de la maison Dubuisson ont-ils résolu de venir en aide à cette infortune en donnant une représentation dramatique, dont ils feront les frais avec le concours de mesdames Suzanne Lagier, Zélia, Jane et Louise de Gray et de MM. Adolphe et Durozel. Cette représentation aura lieu samedi 25 décembre, à midi et demie, dans la salle de la Gaîté-Montparnasse. On trouve des billets à prix : 1 fr. 25 c. 3, rue Rossini, à l'atelier du Figaro [5]. Le Tintamarre, sous la plume de Commerson, annonce ainsi le programme : Concert de la Gaîté-Montparnasse. On nous communique la note suivante : "Samedi 25 décembre (Noël), les typographes de la maison Dubuisson et comp. donneront une Matinée dramatique et lyrique, au bénéfice d'un de leurs confrères, - vieillard incapable de travailler et ayant à sa charge ses trois petits-enfants par suite de la mort de son fils unique, - avec le concours de Mesdames Suzanne Lagier, Zélia (de l'Eldorado) et Mesdemoiselles de Gray, de Messieurs Adolphe et Durozel (de la Gaîté-Montparnasse)" [6].
  • 1869 : deux autres publications prouvent que Zélia chante à l'Eldorado dès 1869 et plus précisément, à partir du 1er octobre. Dans les deux cas, il s'agit du journal Le Gaulois. La livraison du 5 octobre donne le programme de l'Eldorado. Ce soir, débuts de M. A. Guyon. La Tarentule, opéra en 1 acte de Hugo Létang. Flaire [dans le rôle de] Casimir ; Pacra [dans le rôle de] Fricandeau, Mlle Chrétienno [dans le rôle de] Ophélie. CHANSONS par Mmes Chretienno, Vigneau, Marie Bosc, Judic, Zélia, Valérie? MM. Perrin, Guyon, Pacra, Doria, Désir, Flaire, Duhem [7].

    Dans celle du 14 octobre, le programme de l' Eldorado est le suivant : Tous les soirs, M. A. Guyon. Hercule aux pieds d'Omphale, opéra en 1 acte de F. Savard et L. Roques. A. Guyon [dans le rôle de] Hercule, Mmes Chrétieno [dans le rôle de] Omphale et Zélia [dans le rôle de] Cupidon. Poète et savetier, pochade de M. A. Guyon. M. Guyon [dans les rôles de] Durasoir et Raton. M. Duhem [dans le rôle de] La St Mell. CHANSONS par Mmes Chretienno, Vigneau, Marie Bosc, Judic, Zélia, Julia - MM. Perrin, Guyon, Pacra, Doria, Désir, Duhem [8].

[5] Le Figaro n° 357 (24 décembre 1869), p. 2.
[6] Le Tintamarre (19 décembre 1869), p. 3.
[7] Le Gaulois n° 453 du 1er octobre 1869 , p. 4 ; même programme dans tous les n° de la même semaine.
[8] Le Gaulois n° 460 du 8 octobre, p. 4. même programme dans tous les n° de la même semaine.

  • 1871 : Paris vit la sombre période de la Commune. Mlle Zélia fait partie de l' Eldorado. D'après les mémoires de Paulus ( chapitre 11), elle participe au concert de réouverture, programmé le 19 mai 1871 (le jour de la St-Yves : un signe pour la Bretonne qu'elle était !), pour distraire les Parisiens, privés depuis longtemps de distraction, et pour éviter que le théâtre ne soit réquisitionné pour les ambulances. Dans la 1ère partie, elle chante "Le cheveu", dans la seconde "Le plus âne".
  • Aucune revue spécialisée numérisée n'a permis de retrouver son parcours de 1871 à 1874.
  • La livraison de l'année 1874 de L'almanach théâtral place Zélia parmi les artistes féminines du théâtre-Tivoli [9]. Ce théâtre était situé boulevard de Clichy et commençait à acquérir une réputation. Voici ce qu'en dit l'almanach : Tivoli. Un café-concert qui en est arrivé, sans grand bruit, à se classer jusqu'au rang d'un théâtre. Ses tentatives artistiques ont été souvent couronnées de succès, et pourtant son audace est allée jusqu'à oser un grand opéra inédit en trois actes !! Ce petit théâtre-concert est en bon chemin, espérons qu'il ne s'arrêtera pas, et que nous n'aurons qu'à constater sa réussite.
    La même année, elle participe au concert d'été de l' Horloge. Ce concert était installé en extérieur, aux Champs-Élysées. En mai, Charles de Senneville la critique ainsi : Mlle Zélia a beaucoup de bonne humeur, cela est incontestable, et ses deux nouvelles créations : "Mon p'tit plumet" et "On demande un charcutier" ne manquent pas de saillies grivoises et permettent à l'artiste de déployer à loisir sa verve et son entrain ; mais pourquoi s'obstine-t-elle à chanter en ouvrant démesurément la bouche comme si elle voulait avaler tout d'une traite et sans boire, le premier rang des fauteuils d'orchestre ? Fi ! mademoiselle, que c'est vilain de bailler ainsi. [10]
    Le 14 juin, à ses côtés, Mlle Heps (classée dans le genre "épileptique") fait ses débuts. Zélia est éreintée par Charles de Senneville : Je conseillerais fort à Mlle Zélia de ne point se lancer dans le répertoire de Mlle Colombat [11], elle n'en a ni la voix ni les moyens. Qu'elle chante de petites gaudrioles, rien de mieux ; mais qu'elle ne s'attaque pas aux morceaux à fracas ni aux points d'orgue étourdissants : cela lui est rigoureusement interdit. Aussi a-t-elle détonné de la plus belle façon en chantant "La Femme de feu" et "L'éducation des Serins". Ah ! combien Mlle Colombat lui est donc supérieure. Au moins, chez elle, il n'y a ni apprêt, ni rouerie, mais une voix franche, sonore, même un peu masculine qui trouve facilement et naturellement son emploi dans le genre qu'elle a adopté avec tant de succès. Mlle Zélia, dans les mêmes chansonnettes, s'y montre gênée, maniérée et manque tout à fait de force dans les notes élevées : puisque ses moyens vocaux ne vont pas au-delà de la modeste saynète, qu'elle s'interdise donc de la plus rigoureuse façon tout excès de voix ou de chant : on gâte son organe à ce jeu-là. [12] À la décharge de Zélia, il faut rappeler qu'il n'y avait, en 1874, ni microphone ni sonorisation et que le chant en extérieur était éprouvant, particulièrement quand la météo était mauvaise. Cette année-là, Mlle Zélia fêtait ses trente ans et avait déjà sept années d'expérience. Il y a fort à croire qu'elle connaissait ses capacitésaussi bien que ses limitesvocales. Gageons que, ce 14 juin 1874, il faisait froid, venteux et pluvieux.

[9] H. TESSIER, L. MARCEL, L'Almanach théâtral (contenant l'histoire de tous les théâtres de Paris etc.), Paris, 1874, p. 131-32.
[10] La Comédie, journal illustré n° 22 (31 mai 1874), p. 4.
[11] Chanteuse dont les engagements se retrouvent facilement dans les numéros de la revue Le Café-Concert (1867).
[12] La Comédie, journal illustré n° 24 (14 juin 1874), p. 4.

Le même critique, dans la même revue, en date du 9 août, est beaucoup plus civil : Mlle Zélia a quitté carrément les chansons fortes et enlevantes pour se consacrer entièrement à la chansonnette, et elle a bien fait. Un peu plus de tenue, un peu moins de gaieté forcée et irrégulière en ce genre, et avant peu elle sera une artiste accomplie. Elle m'a beaucoup plu l'autre semaine dans "Mon Théodore" et "La duchesse de Mabille", qui lui ont valu un véritable succès et l'ont sacrée agréable et bonne chanteuse. Qu'elle veuille donc brûler franchement ce qu'elle adorait jadis, et avant peu nous aurons au concert une artiste de plus [13].

  • En 1875, Zélia semble ne pas reprendre au théâtre-Tivoli [14]. Le 20 octobre, elle épouse, à la mairie du XIème arrondissement de Paris, Eugène Urbain Tripier, né à Paris en 1843.
  • Aucune revue ne fait sortir de l'ombre Mlle Zélia jusqu'en 1879. En particulier, elle aurait été l'une des artistes du Concert de la Gaîté-Montparnasse, inaugurée en septembre 1868, mais la preuve n'en a pas été retrouvée. [15]
  • La revue Le Tintamarre n'évoque que les grandes salles, aussi n'y trouve-t-on qu'une seule mention de Mlle Zélia. Grangousier la décrit à la Scala, pour la revue de décembre 1879 : Concerts de la Scala. La Foire aux parapluies, comédie en un acte de M. Jouhaud. Dans le monde des cafés-concerts, la Scala vient de commencer, avec la Foire aux Parapluies, le défilé des revues de fin d'année. La petite revue de M. Jouhaud contient quelques scènes amusantes et des couplets gentiment tournés. M. Delpierre, en Dona Sol, nous a donné une reproduction presque fidèle de notre grrrrande artiste Sarah Bernardt récitant une tirade d'Hernani, arrangée par l'auteur à la sauce naturaliste ; Mlle Zélia, en Nana, personnifie bien la fameuse "blonde grasse" de Zola. [16] De ce même spectacle de fin d'année, Titi Moucheron écrit : La Foire aux parapluies, de M. Jouhaud, donnée à la Scala, est une petite Revue en un acte, qui contient des couplets bien tournés, des scènes et des imitations, amusantes. Au premier rang des interprètes, il faut mettre M. Delpierre, d'une ressemblance étonnante en Sarah Bernardt, M. Bienfait, un cocher d'omnibus plein de rondeur, Mme Zélia, tout à la fois mélodieuse chansonnette et plantureuse Nana ; Mlle Dora, une Cendrillon qui vaut bien Théo, et une gracieuse ombrelle, Mlle Blockette. Somme toute, La Foire aux parapluies a reçu une averse d'applaudissements. [17]
  • Une image détaillée de son activité dans les années 1880 et 1881 est donnée par les revues La Chanson et La Gazette lyrique. Elle fait successivement partie des troupes de la Scala, du Concert de Lyon et de l'Orphéum. De plus, comme tous les chanteurs, il lui arrive de chanter au bénéfice d'un seul d'entre eux. "J. P" rédige ainsi la rubrique "Petites nouvelles" du journal Le Figaro en date du 11 mai 1880 :M. Louis Dupuy, violoniste, donne ce soir, salle Renard, avenue de Neuilly, 209, un concert où l'on entendra Mlles Miramont-Tréogate et Lehmann, MM. Marquet, Delaquerrière, Jules Loëb, Paysan et Paul Humblot. Une quête sera faite au profit de l'Œuvre hospitalière de nuit. Un grand festival aura lieu ce soir au Tivoli-Vauxhall, au bénéfice de MM. Raspail, chef d'orchestre, et Auguste Clausse, secrétaire, avec le concours de Mmes Graindor, Bécat, Zélia, Marthe Lys, MM.  Pacra, Plessis, Uzès et Rieffler. À minuit, bal-kermesse [18].

[13] La Comédie, journal illustré n° 31 (9 août 1874), p. 3.
[14] La liste de la troupe donnée dans La Comédie n° 21 (3 oct. 1875), p. 3 ne la cite pas.
[15] A. SALLEE, Ph. CHAUVEAU, Music-hall et café-concert, Paris, Bordas, 1985, p. 159 (2B). L'index de cet ouvrage, répertorie deux fois Mlle Zélia. La première référence (p. 159) renvoie à la Gaîté, mais jen'ai pas retrouvé de source d'époque qui confirme cet engagement. La deuxième référence (p. 162, 2) est une coquille d'indexation, car on ne trouve à la p. 162 qu'une Mlle Zélie, qui plus est au Concert de l'Horloge dans les années 1840, époque à laquelle Marie-Zoélie Amiscel n'avait pas encore vu le jour !
[16] Le Tintamarre (14 décembre 1879), p. 6.
[17] Le Titi n° 59 (13 décembre 1879), p. 3.
[18] Le Figaro n° 132 (11 mai 1880), p. 3.

  • En juillet 1880, elle appartient encore au tableau de troupe de la Scala [19]. En particulier, on lit sous la plume d'Alfred Bertinot : Samedi dernier, le concert de la Scala nous convoquait à la première représentation d'Un cocher qui suit les bonnes, opérette en un acte de M. Jouhaud, musique de Germain Laurens. D'une donnée qui n'est pas neuve, l'auteur a su tirer une petite pièce très amusante, qui ne serait pas du tout déplacée sur la scène d'un de nos théâtre de genre. La musique fraîche et originale de M. Germain Laurens a largement contribué au bon accueil fait par le public. M. Bienfait, dans le rôle du cocher, est un type très réussi, et Mlle Zélia est une soubrette que l'on suivrait volontiers sans être cocher. À l'occasion du 14 juillet, deux chansons patriotiques ont été créées : "À la Bastille !" paroles de M. Le Rouland, musique de M. de Reichenstein, chantée par Mme Patry. "Les Drapeaux de la République", paroles de Villemer, musique de Ch. Pourny, chantée par M. Debailleul. Inutile de dire que les auteurs et les interprètes ont été chaleureusement acclamés. Gros succès pour l'amusant Bourgès dans une chansonnette nouvelle, "Narcisse l'égoutier" ; MM. Bienfait, Brunet, Fernand Kelm, Mmes Marguerita, Zélia et Worton se font aussi applaudir chaque soir avec les meilleures chansonnettes de leurs répertoires. [20])
    Le même chroniqueur nous informe, dans une livraison ultérieure de la même revue : Samedi dernier, à la Scala, a eu lieu la première représentation de La Rue aux Oies, opérette en un acte de MM. Sauger et Queyroul, musique de M. Clairville fils. Ce petit acte, riche en intrigue et en imagination, fait contraste avec la plupart des pièces de concerts, qui ne sont généralement que des dialogues sans donnée et dont les jeux de scènes font seuls le succès. La musique de M. Clairville fils est charmante ; tous les morceaux sont d'une facture peu commune ; nous citerons comme un des meilleurs le duo entre Mlles Blockette et Domergue, qui a obtenu beaucoup de succès et a été bissé. L'air de la polka finale est aussi très original. Bonne interprétation par MM. Bienfait, Bérod, Paul Bert ; Mmes Zélia, Heuzé, Blockette et Domergue. Grand succès pour M. Aristide Bruant dans "Ous qu'est l'pain" et "La Femme", chansonnette nouvelle dont il est l'auteur. M.  Bruant cumule les professions d'artiste et d'auteur compositeur avec un égal succès. [21]
  • En août 1880, Zélia a rejoint la troupe du Concert de Lyon : le Concert de Lyon a fait sa réouverture le 12 juillet. Le public a aussitôt repris le chemin de ce bel établissement pour applaudir Lebassi, le sympathique chanteur tyrolien, M. et Mme Lamberti, toujours corrects et consciencieux dans leurs charmants duos dansants, Donat, comédien amusant, Sablon, Géram, Frédéric, Mmes  Eugénie Robert, Lemaire, Zélia, Nagel, Gabrielle. Le Verrou, opéra comique, et Robert Macaire en voyage viennent d'y être joués ; interprétation parfaite et grand succès. Maintenant, d'ailleurs, les spectateurs peuvent applaudir à tout rompre, le plafond est solide ! [22]Zélia appartient toujours au Concert de Lyon début septembre 1880. Le 4 septembre, latroupe joue Une aventure de clairon, opérette et se propose de jouer Le fils de Mme Angot à partir de début octobre [23]. Cette opérette a effectivement été jouée, mais la Gazette ne nomme pas Mme Zélia parmi les artistes engagés sur cette œuvre. En revanche, elle annonce que la revue de fin d'année est déjà en cours de répétition [24].

[19] Gazette Lyrique n° 2 (16-31 juillet 1880), p. 3.
[20] La Chanson n° 10 (17 juillet 1880), p. 78.
[21] La Chanson n° 12 (31 juillet 1880), p. 95.
[22] Gazette Lyrique n° 3 (1er-15 août 1880), p. 3.
[23] Gazette Lyrique n° 5 (1er- 15 sept. 1880), p. 4.
[24] Gazette Lyrique n° 9 (4-18 nov. 1880), p. 3.

Cependant, Mme Zélia n'apparaît plus comme membre du Concert de Lyon dans les numéros suivants de la Gazette. En particulier, le n° 14 de la Gazette (20 jan.-3 fév. 1881), qui détaille longuement, en des termes élogieux, la revue du Concert de Lyon, ne la cite pas. De même, les comptes-rendus des spectacles de l'Orphéum (en particulier le n° 23), où elle apparaîtra à partir du mois d'avril 1881 ne la mentionnent pas encore. De cette salle de concert, on sait que c'est le titre d'un nouveau spectacle-concert qui vient de s'installer sur une partie de l'emplacement de l'ancien Cirque américain, place de la République. M Goudesone en est l'Administrateur : l'inauguration a eu lieu le mardi 13 juillet [1880] [25] . Et encore : ce concert, installé à peu de frais dans la salle de l'ancien café Américain, place de la République, fait chaque soir le maximum depuis son ouverture ; le public se promène, cause, et boit, et en résumé s'amuse, parfois même assez bruyamment. Le personnel artistique est loin d'être sans valeur. [26]

  • De juillet 1880 à avril 1881, aucun article de la Gazette n'évoque Zélia. Cependant, la revue La Chanson permet de savoir où elle a été engagée en octobre 1880. Alfred Bertinot écrit : Le succès du Concert de la Porte-Maillot va s'affermissant, grâce à l'intelligente direction de MM. Fortin et Matthieu, qui ont su s'entourer d'artistes distingués tels que MM. Doria, Emilien ; Mmes Gréty, Adelina, Zélia et j'en oublie des meilleurs dont les noms m'échappent. [27]
  • Sous la plume de Gaston Davez, la semaine du 23 au 30 avril 1881, on lit : Orphéum : la troupe a presque été entièrement renouvelée. Au premier rang des débutantes, citons Mlle Bénécis, qui se fait applaudir dans "Les regrets de Mignon" et "Le petit Abbé" ; Mlle Nagel, bissée dans ses tyroliennes, entre autres, "Le retour du pâtre" et "Ous qu'est mon tyrolien ?" enfin Mlle Zélia, qui dit d'une voix de stentor, "Les maris phénomènes" et "Qu'est-ce qu'a tort ?" - M. Berty, un baryton de valeur, chante avec succès "La mule de Pédro" et "Je vous ai vu pleurer". Tous ces artistes ont été accueillis favorablement par le public et forment un ensemble sinon remarquable, du moins très suffisant [28].Juste avant l'été, elle est toujours à l'Orphéum : nouvelle troupe à ce café-concert qui, chaque soir, malgré la chaleur, attire un nombre fort respectable de spectateurs. Mmes Latouche, Nagel, Zélia, Bénécis se font applaudir ; mais c'est la ravissante et mignonne Marguerite qui, tout à ses débuts, obtient tout le succès : beauté et talent réunis, voilà plus qu'il n'en faut pour faire de cette jeune artiste une de nos futures étoiles de café-concert [29]. Début juillet 1881, elle chante toujours à l'Orphéum. Une coupure de presse [30] évoque Mlle Zélia, bissée avec "Pompier et Municipal" [31] et "Vive la Faribole".
  • Après l'été, à la rentrée de septembre 1881, toute la troupe de l'Orphéum a été remplacée. Cependant, en septembre, Zélia chante au Pré-Catelan de Toulouse, parmi les artistes "étrangers" qui ont prêté leur concours à la soirée de gala organisée au bénéfice de M. Léon Géry, administrateur général du Pré-Catelan. Au cours de cette soirée, elle a chanté "La Perle de Bassora" [32]. C'est la dernière mention trouvée de la carrière de Zélia. C'est aussi la première et seule trace la trouvant, chantant en Province.

[25) Gazette Lyrique n° 2 (16-31 juil. 1880), p. 3.
[26] Gazette Lyrique n° 3 (1er-15 août 1880), p. 2.
[27] La Chanson n° 22 (-10 octobre 1880), p. 175.
[28] Gazette Lyrique n° 26 (23-30 avr. 1881), p. 2.
[29] Gazette Lyrique n° 31 (28 mai- 4 juin 1881), p. 2.
[30] Gazette Lyrique n° 36 (2 au 9 juillet 1881), p. 3.
[31] Cette chanson également chantée par : voir infra.
[32] Gazette lyrique n° 47 (17 au 24 septembre 1881), p. 4.


Dernières notes

  • Au-delà de septembre 1881, j'ignore quel tour prend la carrière de Zélia. Il est certain qu'elle n'a plus la fraîcheur d'une débutante (elle a 37 ans) et un talent moins éclatant qu'une Thérésa ou une Amiati... Je sais aussi qu'en 1884, elle habite Champigny-sur-Marne. Cela lui rend peut-être les salles de concert de la capitale moins accessibles.
  • En 1886, son époux Eugène Urbain Tripier, lui aussi artiste lyrique, meurt à 43 ans.
  • En 1888, sa fille Augustine, désormais âgée de 24 ans, se marie. À cette date, Zélia et Augustine habitaient toujours à Champigny.
  • En 1889, André Chadourne publie une œuvre où il dit tout son dégoût pour le café-concert, cet art mineur si intimement lié à la débauche. Il cite avec ironie la presse spécialisée et tourne en dérision les éloges que les collaborateurs s'envoient à eux-mêmes. En exemple, il écrit : tous ceux que ces affaires intéressent peuvent, sous la rubrique : Variétés, savourer dans leurs moindres détails les engagements et les créations de Mlle Zélia, des Folies de Montpellier et le succès de M. Poliano, du casino de Soulac. De plus, au point de vue philanthropique et commercial, ces journaux servent d'agence de placement pour les artistes. Leurs colonnes des dernières pages abondent en affiches de ce modèle : "M. Raoul, ténor applaudi dans plus de quarante grandes villes, demande un engagement." Par-delà l'évident mépris de l'auteur, qui semble ignorer que tout artiste doit manger (!) et que la province aussi a droit à ses divertissements (le parisianisme n'est pas d'hier...), on notera qu'il prolonge la notoriété de Zélia ! Pour ma part, je n'ai mis la main sur aucune annonce ainsi libellée. Je n'ai pas la preuve que Zélia ait jamais créé une chanson, c'est-à-dire été la première à porter une chanson nouvelle à la connaissance du public. Et aucune publication ne m'a jamais fourni la preuve de l'existence d'une salle de concert nommée les Folies de Montpellier, ni à Parisoù Mlle Zélia semble avoir fait toute sa carrièreni à Montpellier !
  • En 1890, naît Suzanne, la petite-fille de Zélia. Elle lui chante probablement "Les Choux" de Meusy et Delmet, car la chanson est parvenue jusqu'à la génération auteur de ces lignes via Sylviane et Annie...

    En 1893, Zélia n'apparaît pas dans l' Annuaire des artistes alors que Thérésa, qui prendra sa retraite en 1893-1894,y est répertoriée (liste des pseudonymes).

Cet ouvrage très précieux donne des portraits d'artistes, une liste de pseudonymes, des adresses, une nécrologie, etc. La première année numérisée sur Gallica est cette année 1893. Mais je ne perds pas espoir de retrouver chez les bouquinistes le volume de la première année, qui a dû être édité en 1887.

La carrière de chanteuse de Zélia, commencée vers 1867, se finit donc entre 1881 et 1893. Elle a alors 49 ans...

  • En 1896, sa petite-fille est baptisée dans une église de Paris. Zélia est sa marraine. Le registre de baptême montre sa signature"veuve Tripier" et indique, comme lieu de résidence, l'adresse de sa fille et de son gendre.
  • À ce jour, je n'ai trouvé ni son lieu ni sa date de décès. Elle semble absente au mariage de sa petite-fille et filleule en 1917. On peut donc supposer qu'elle est décédée avant la fin de la 1ère guerre mondiale.

Répertoire (connu) de Zélia

 Chansons

 Œuvres lyriques (Comédie, opérettes, opéra comique...)

 

 

"Le Cheveu"

La Foire aux parapluies, comédie en un acte de M. Jouhaud.

"Le plus âne"

Le verrou, opéra comique.

"Mon p'tit plumet"

Un cocher qui suit les bonnes, opérette en un acte de M. Jouhaud, musique de Germain Laurens.

"On demande un charcutier"

La Rue aux Oies, opérette en un acte de MM. Sauger et Queyroul, musique de M. Clairville fils.

"La femme de feu"

Robert Macaire en voyage.

"L'éducation des serins"

Une aventure de clairon, opérette.

"Mon Théodore"

 

"La duchesse Mabille"

 

"Les maris phénomènes"

 

"Qu'est-ce qu'a tort ?"

 

"Pompier et Municipal"

 

"Vive la faribole"

 

"La perle de Bassora"

 


"L'éducation des serins"

  • Par Mme Victorin au Grand Concert parisien en 1874 ; (La feuille de Mme Angot, n° 17 (25 jan. 1874), p. 4 ; (etn° 16 du 18 janvier ; n°15 du 11 jan. ; n°14 du 4 jan.).

  • Par Mlle Fernande au Concert des Porcherons en février 1874 (La feuille de Mme Angot, n° 18 (fév. 1874), p. 4.

  • Par Mlle Zélia, Concert de l'Horloge, juin 1874.

  • par Mlle Colombat, à l'Alcazar d'été en septembre 1874 ( L'Orchestre (1er septembre 1874), p. 4 (vue 4/120)

"Les maris phénomènes"

  • Par Mlle Zélia à l'Orphéum, avril 1881.

  • Par Mlle Delabonaire, à l'Orphéum en nov. 1881, (Gazette Llyrique n° 54, nov. 1881, p. 3).

  • "Pompier et municipal"

  • Par Zélia, juillet 1881 à l'Orphéum, à Paris.

  • Par M. Demay à l'Alcazar d'été, Gazette n° 37 (9 au 16 juillet 1881), p. 3.

  • Par le petit Norbert , aux Ambassadeurs, Gazette n° 38 (16 au 23 juillet 1881), p. 2.

  • Par le même au Pré-Catelan de Toulouse, Gazette n° 44 (27 août au 3 septembre 1881), p. 4.

  • Par Mlle Raymonde, au Concert du XIXème siècle, le samedi 21 octobre 1882.

"La perle de Bassora"

  • Par Zélia, à Toulouse au Pré-Catelan au cours d'une soirée de gala donnée au bénéfice de Léon Géry en septembre 1881.

  • Par Mlle Luciole, au Concert du XIXème siècle, le samedi 23 sept. 1882.

Note : les revues citées sont accessibles sur le site Gallica.


Lieux où Mlle Zélia a chanté