LA CHANSON FRANCAISE DE 1870 A 1945... EN ''PRESQUE'' 50 CHANSONS...










45a  SEUL CE SOIR


1941 - Paroles de Rose Noël et Jean Casanova et musique de Paul Durant

Au cours des premiers mois du gouvernement de Vichy, (voir à chronologie) la chanson française n'est pas à la fête. Peu à peu, on s'habitue à l'Occupation. - Reda Caire a beau y aller avec son "Swing, Swing Madame", Irène de Trébert avec "Mademoiselle Swing". - Certains comiques, même, sont au rendez-vous mais le rire n'éclate pas : Charpini et Brancato s'essaient avec leur "Don José de Carmen" et Fernandel, égal à lui-même, chante toujours des "Elle a tout ça" ou des "Je connais des baisers" mais on n'en est pas encore au "Il en était" de Georgius ni à la "Symphonie des semelles en bois" (Chevalier). - On chante un peu la France dans ce qu'elle a d'inoccupable : "Douce France" (Trenet) et "Ça sent si bon la France" (Chevalier). Et Trenet ajoute même à ce lot de chansons "La romance de Paris". - Lui, Tino Rossi et combien d'autres se sont recyclés temporairement : l'un chante "La cigale et la fourmi", l'autre revampe à sa façon les "Ave Maria" de Schubert et de Gounod. On en est plutôt dans l'attente : Élyane Célis chante "Quand tu reviendras", André Claveau, "Attends-moi, mon amour" ; jusqu'à Damia qui en est au "Depuis que les bals sont fermés"...

Les grands succès des débuts de cette période-là sont plutôt tristes et parmi ceux-là, il y a cet incomparable "Seul ce soir", créé par Léo Marjane, qui allait devenir, comme le souligne Jean-Claude Klein (voir bibliographie), une chanson qui socialise l'intime. - Combien sont-elles, celles qui attendent leurs maris, leurs amis, leurs fiancés prisonniers de guerre retenus en Allemagne ? - Des centaines de milliers. - Elles sont seules et, par cette chanson, elles renouvellent leurs serments d'amour.

Cette chanson sera reprise après la guerre, débarrassée de sa signification historique et restera un classique car, qui que l'on soit, on est toujours seul, un soir.


Sauf que la chanson de cette année-là, celle qui allait éclipser toutes les autres et qui, elle, n'allait jamais être reprise après la guerre - et pour cause - c'est ce "Maréchal, nous voilà !" que l'on entendra, Occupation aidant, à la radio, dans les cours d'école, dans les casernes... - Le tour de force d'André Dassary, ce chanteur à voix des années quarante, c'est de nous avoir fait oublier qu'il l'avait créée, cette chanson... et puis aussi, la même année... "La France de demain" de Montagard et Courtioux, encore une fois.- Nous la mentionnons non pas qu'elle soit représentative de la chanson française de l'époque (ou de n'importe quelle époque) mais pour qu'on ne l'oublie pas.

Pour qu'on n'oublie pas surtout que, pour la musique (il y a eu procès), Messieurs Charles Courtioux et André Montagard ont plagié un certain Casimir Oberfeld, auteur d'innombrables chansons et surtout le compositeur de l'opéra bouffe La Margoton du bataillon (dont Jacques Darmont a tiré un film en 1933 et d'où est tiré la musique de ce Maréchal...), et qui, en 1945 mourut pendant sa déportation à Auschwitz...[*]

[*] Merci Monsieur Jacques Gana !

Le numéro 45 de notre série aura donc deux illustrations. Toutes deux datant de 1941 :

Disque Gramophone K 8535

 

et


45b  MARÉCHAL NOUS VOILÀ


1941 - Paroles de André Montagard et musique de Charles Courtioux et André Montagard.

Disque Pathé - n° PA 2009