Eugène Lemercier
| Note : cette page est réalisée grâce aux éléments biographiques et iconographiques que nous a communiqué , Monsieur Tobias Broeker d'Ankum (Allemagne) que nous remercions vivement. |
hansonnnier, compositeur, interprète, auteur de revues, de monologues, de saynètes et de chansons, Eugène Victor Lemercier naît le 1er mars 1862 à Paris. Cadet d'une famille de trois enfants, il est le fils d'un métreur [*]. Après ses études, il suit les traces de son père et devient à son tour métreur. Mais il se passionne pour l'écriture et la mise en scène de ses textes. Ainsi, gagne-t-il sa vie comme métreur le jour et, le soir, il propose ses textes dans les bars et les cabarets. Ce double emploi a des conséquences néfastes sur sa santé et il doit prendre une décision.
En 1889, il quitte son emploi de jaugeur et se consacre entièrement au théâtre, au chant, à l'écriture,
à la composition et à l'interprétation.
Eugène Lemercier fait ses débuts à la Lyre Bienfaisante, une goguette parisienne réputée.
Il connait un immense succès et se produit très vite dans les plus prestigieuses salles
parisiennes : le Grillon, la Salle des Capucines, la Galerie Vivienne, le Tréteau de Tabarin,
la Lune Rousse, La Boîte à Fursy, le Lyon-d'Or, les Quat'z'Arts, l'Âne Rouge, le Chat Noir,
Les Décadents, les Noctambules et le Carillon. En 1894, il dirigea le Cabaret des Éléphants.
Eugène Lemercier était réputé pour ses textes politiques, incisifs et satiriques,
toujours empreints d'esprit et d'humour. Ces textes étaient présentés sous forme de
déclamations ou de chansons, dont il composait parfois lui-même la musique. Son œuvre
poétique était si vaste que de nombreux artistes interprétèrent ses textes et que
d'autres compositeurs les mimèrent. Parmi les interprètes de ses chansons figuraient
des artistes de renom comme Yvette Guilbert, Yon-Lug et Kam-Hill. La plupart de ces
chansons ont été publiées par différentes maisons d'édition et il a créé parmi elles
des chansons emblématiques comme "On dirait qu'c'est toi", "Le double suicide" ou "Les larmes de la vie".
Eugène Lemercier écrivit également des textes plus longs, tels que des revues et des pièces
de théâtre, ainsi que des livrets d'opéras-bouffas mis en musique par des compositeurs comme
Paul Daubry ou Désiré Dihau. Ces œuvres furent jouées dans les cabarets susmentionnés, mais
aussi au Moulin Rouge et au Divan Japonais. Son roman Les vieux ont soif fut publié aux
éditions France. Il créa également le texte Tout pour les Quat'z'Arts pour la première
production du célèbre cabaret des Quat'z'Arts, qu'il interpréta lui-même le 12 mars 1894.
Durant ses dernières années, il fut également vice-président de la SACEM (Société française de
théâtre et d'arts martiaux).
Note [*] : métreur : Eugène Lemercier était métreur spécial de Peinture et Dorure.
D'après Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons, Paris 1902) :
Chansonnnier, interprète, auteur de revues, de monologues, de saynètes et de chansons, né à Paris le 1er mars 1862. [NdA] et y meurt le jour de Noël 1939.
Dans le numéro 337 des Chansons et Monologues illustrés (Librairie Contemporaine, Paris), Trimouillat s'exprime ainsi, dans la présentation au public, de son vieil ami Lemercier :
"Le titre de poète-chansonnier fut rarement mieux mérité que par Eugène Lemercier. L'auteur de Sarcey-Jésus-Christ, des Eléphants de la Gaieté, de Ton vieux Type, est le môme, en effet, qui a ciselé si gentiment : la Nudité de Lisette, la Fleur d'Or, et tant de petits poèmes.
"Bien avant l'invention du genre dit Fin-de-Siècle, – déjà essoufflé, quoique si peu loin du terme assigné par sa définition, – Lemercier avait trouvé le secret de composer des chansons satiriques, mordantes, vécues, mais toujours gaies, sans cynisme affecté, telles que : Baisons nous, Lisette !, l'Ex-Anarchiste, le Restaurant des Jours à dèche et... On dirait qu'c'est toi !... Chose curieuse, cette dernière, faite il y a dix ans, chantée seulement, alors, par l'auteur entre amis, est, depuis, devenue légendaire ; elle a été, certainement, le plus franc succès au concert de notre Yvette Guilbert, qui est encore redevable à Lemercier de À Cochin, de Bébé à l'Eglise, etc... Kam Hill fut son plus fidèle interprète et créa presque toutes ses chansons. Delmarre fit de J'n'ai pas l'temps ! un succès prodigieux ; il chanta cette chanson plus de cinq cents soirs de suite, ainsi que le Chanteur amateur, Vive le Dimanche !, la Marche des Chahuteurs, etc.
"Lemercier a toujours fait de la chanson. Chacune de ses observations sur lui-même ou sur les autres lui ayant semblé matière ou prétexte à couplets, il a composé une foule de petites études de mœurs, rimées avec soin, qu'il a réunies dernièrement en un volume : La Vie en Chansons [Ondet, édit.], qui justifie pleinement son titre.
"Comique et sérieux tour à tour, l'auteur des Nichons et des Autres s'est fait applaudir par les publics les plus divers... Il débuta, comme Jouy et Teulet, à la Lyre bienfaisante, entra à la Lice chansonnière, en sortit bien vite, se fit entendre aux soirées du Grillon, à la salle des Capucines, à la Galerie-Vivienne, puis au Lyon-d'Or, aux Quat'-z-Arts, à l'Ane-Rouge, au Chat-Noir, au Carillon ; il dirigea pendant six mois le cabaret des Eléphants, où son nom, populaire à Montmartre et au Quartier-Latin, attira une foule assoiffée de gaieté et d'esprit.
"Interprète parfait de ses œuvres, détaillant finement le couplet, il s'est improvisé acteur et, sur une scène rudimentaire, avec une jolie divette"en herbe", Mlle Rosa Albine, il joua adroitement, en vrai artiste, une de ses pièces : L'Eternel roman, un petit acte digne d'un vrai théâtre, et chanta les couplets de façon à étonner son collaborateur, le compositeur Dihau... Espérons que l'auteur dramatique ne tuera pas le chansonnier... et que nous l'entendrons prochainement, sur la scène d'un de nos grands concerts, interpréter lui-même ses œuvres."
[Fin de la citation.]
J'ajouterai que Lemercier est né à Paris en 1862 et qu'il n'avait pas douze ans lorsqu'il composa sa première chanson ; on peut donc dire de lui qu'il est né chansonnier. Avant de se produire dans les cabarets, il exerçait la profession de métreur en peinture. Après avoir chanté ses dans presque toutes les sociétés lyriques et littéraires, dont plusieurs le comptent au nombre de leurs fondateurs, il abandonna définitivement les"mémoires"et débuta au Lyon-d'Or en 1891 ; il se fit applaudir depuis dans tous les cabarets et sur plusieurs scènes de café-concert.
Son œuvre est considérable et variée, à ce point qu'il peut se produire avec une égale chance de succès devant toutes sortes de publics, tour à tour gai, satirique, frondeur, tendre et élégiaque. Il a fourni au café-concert une quantité innombrable de chansons dont la forme et l'esprit tranche du tout au tout sur la note qu'on a coutume d'y entendre. Il est moderne à souhait, tout en conservant un tantinet l'empreinte bérangesque des jeunes années. II a déjà en librairie deux volumes : la Vie en Chansons et Autour du Moulin. Ce dernier ouvrage a été publié chez Flammarion avec couverture illustrée par Grün.
Je voudrais, si la place ne m'était mesurée, mettre sous les yeux du lecteur un échantillon de chacun des genres que sait si heureusement traiter ce fécond chansonnier ; je me bornerai pour aujourd'hui à citer :
◀ voir encadré ci-contre
Lemercier, soit avec des confrères, soit seul en fait de chansonnier dans des troupes de théâtre, a fait en France et à l'étranger de nombreuses tournées. Improvisateur émérite, il y fut souvent de précieuse ressource. Une longueur, une interruption, une gaffe, un trou viennent-ils à se produire, on peut, grâce à lui, avoir instantanément raison de l'impatience ou de la mauvaise humeur de l'auditoire. On le pousse en scène ; il explique à sa façon l'incident, se fait donner des rimes et construit illico des quatrains ou des huitains d'une drôlerie inattendue et qu'il s'arrange toujours à adapter à des circonstances qui intéressent directement le public. Il y a quelques mois, il se trouvait en représentations dans une ville de Bretagne avec d'anciens camarades du Chat-Noir. L'un d'eux se trouvant en retard, Lemercier entre en scène et propose des bouts rimes. On lui jette quatre rimes qu'il emploie aussitôt à la critique du régime gastronomique auquel le soumettait son hôtelier, trop enclin à nourrir ses pensionnaires de veau et de laitue. La pointe déchaîna l'hilarité de toute la salle, sauf du maître d'hôtel en question, qui, dès le lendemain, adressait par ministère d'huissier à notre improvisateur une sommation d'avoir à rétracter publiquement, dans les vingt-quatre heures qui suivraient, sa "préjudiciable calomnie". L'instrumentateur, qui s'était beaucoup diverti à la soirée de la veille, s'excusa presque auprès de Lemercier d'avoir à lui signifier semblable, exploit. Au spectacle suivant, sous prétexte d'amende honorable, le spirituel chansonnier présenta sa défense en deux cents vers du plus haut comique, d'une ironie et d'une forme supérieures, où il ne faisait, en somme, qu'accentuer les griefs précédemment formulés. Sur le récit de la visite de l'huissier, qui se terminait par une rime en ieux, les autres chansonniers, groupés dans la coulisse, chantèrent en chœur ce lamentatoire vers de la Carotte, de Meusy :
Avec des larmes dans les yeux.
Ce fut du délire, et les applaudissements se prolongèrent pendant plusieurs minutes. Le Vatel, Breton naïf et pas mauvais diable au fond, se déclara satisfait et marqua sa joie en offrant le champagne à toute la troupe...
Lemercier a écrit plusieurs revues pour le concert et pour les cabarets : le Moulin Rouge, les Folies-Bergère du Havre, les Quat'-z-Arts, etc. Il a fait représenter au Divan-Japonais un acte : Vadé le Poissard ; a plusieurs actes en cartons et prépare quatre volumes de chansons et un recueil de nouvelles : Pour le faire à la Prose.

Eugène Lemercier sera fait chevalier de la Légion d'honneur pour l'ensemble de son œuvre, le 21 janvier 1936.
Eugène Lemercier quitte ce monde le 26 décembre 1939 à Paris.
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