TABLE DES MATIÈRES
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Prologue
Après la guerre 1870
Dans les affaires
Dernier souvenir de mon père
Le débat du ventre
Deux hommes passèrent
Adelina Gaillard
Théâtre des Boulevards
Mon audition - L'Eldorado
Débuts au Casino de Lyon
Débuts à l'Eldorado
Éden-Concert
Ma silhouette définitive
Liège et la "Pocharde"
Le Moulin Rouge
Le Divan Japonais
Le Concert Parisien
La Bodinière
Le Nouveau Cirque
A la Scala
Comment j'ai compris Bruant
L'Horloge
Les Ambassadeurs
Une soirée chez l'éditeur Charpentier
Mon répertoire
Les journaux et les journalistes
Ma seconde carrière
Portraits
Jean Lorrain - Goncourt
Sarah Bernhardt
Le Prince de Galles
futur Édouard VII)
Toulouse-Lautrec
Pierre Loti
Jules Roques
Maurice Donnay - Forain
Eléonora Duse
Deux cardinaux :
Le cardinal Mercier et le cardinal Dubois

Récompenses
A travers le monde
Épilogue

Yvette Guilbert


A travers le monde

En Europe, j'ai porté et fait acclamer à peu près partout la poésie populaire de France. L'Allemagne étant la plus cultivée, fut par conséquent la plus admirablement sensible à mon effort. Pendant vingt-deux saisons avant la guerre, j'y ai fait connaître l'esprit de France, et celui du Montmartre de mes débuts. Je fus l'inspiratrice des "Cabarets" allemands, qui se créèrent par centaines après mon premier passage en 1918. Il y a deux ans, je fus la première artiste française qui y revint porter l'olivier de paix. Ma venue, ou plutôt mon retour, fut émouvant et triomphal ; à Berlin et dans une douzaine de grandes villes, dont Munich, j'ai fait entendre tout mon programme de l'époque médiévale à nos jours, et les foules, envahissant les salles où je chantais acclamant l'esprit de France, me confirmèrent, comme les critiques de toute la presse, que partout est une élite humaine, celle de l'intelligence cultivée, qui toujours suivra les hautains efforts. Le tout est de s'adresser à cette élite-là. A Paris elle est plus nombreuse qu'on ne croit.

Avec l'Allemagne, j'ai parcouru la Belgique, la Suisse, la Hollande, la Pologne, le Danemark, la Scandinavie, la Tchécoslovaquie, la Russie, la Roumanie, l'Autriche, la Hongrie, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Grèce, l'Égypte, l'Algérie, la France, l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande. Et enfin toute l'Amérique ! Des millions de programmes de textes de nos chansons populaires furent imprimés par mes soins et distribués partout. Des textes inconnus furent recherchés par moi dans les ouvrages des philologues et édités par moi, pour la récréation, l'enseignement des foules, l'enrichissement des artistes, et la propagande de l'esprit de France, et je déclare, sans aucune modestie hypocrite, que si j'ai eu une somptueuse vie de succès, je l'ai méritée par l'infatigable vie de travail que mes soixante ans présents n'interrompent pas encore.

Le héros d'une pièce de Jean Sarment jouée à la Comédie-Française, dit mélancoliquement de lui : "J'ai été trop grand pour moi."

Eh bien, quand je retrace ma somme de travail, ma somme d'études, et que je pense à mes réalisations orgueilleusement artistes, eh bien, savez-vous ce qu'il me faut conclure de moi ? Que je suis plus grande que moi.


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