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Articles relatifs à son décès dans Comœdia

















Fragson, Otero, Reschal et Maurel dansent
le cake-walk aux Folies Bergère en 1903

Reschal, Otero, Fragson et Maurel dans
Carmen aux Folies Bergère en 1903










1900



1901





Publicité pour Pathé
(Collection Jean-Yves Patte)







(Collection Robert Thérien)















Voir également
Chansons illustrées - Galerie de portraits

Fragson

Étrange destin que celui de cet auteur-compositeur-interprète, fils d'un commerçant en levure (de boulangerie pour l'un, de bière, pour l'autre) :

Il serait né Victor Léon Pot ou Vincent [Vince] Léon Pott ou encore Potts,  le 2 juillet 1869, le 10, ou le 12 selon d'autres, à Anvers, ou à Londres (quartier de Whitechapel) ou encore à Richmond dans le Surrey. [1] - Lui-même, à ce propos, brouille les pistes : il se dit anglais  par son père, Victor Pot (sic), né en 1830 (voir encadré ci-dessous) mais belge (et français) du fait de sa mère, L. W. Pot (?), né en 1840 et décédée en 1907 (idem).. Chose certaine : il fut au cours de sa carrière à l'aise dans les deux langues. - Il fera d'ailleurs, à partir de 1905, carrière à la fois en France et en Angleterre, chantant et gravant, à Paris, de nombreux disques en français avec un léger accent anglais et, à Londres, en anglais avec un léger accent français.

 (Fragson, selon toutes vraisemblances, serait né le 12 juillet 1869 à Whitechapel. [2])

Certains avancent - on serait tenter de dire "inventent" - la possibilité qu'il ait appris le piano à Anvers "comme tout jeune homme de bonne famille". - Cela est possible.- C'est ce que rapporte Comœdia dans son édition du 31 décembre. - Il est en effet moins probable qu'il ait suivi des cours de piano à Whitechapel et le fait qu'il ait ainsi été éduqué en Belgique expliquerait le nom de "Frogson" (fils de grenouille) qu'il a voulu se donner au début de sa carrière (voir encadré, encore) mais, quand en 1904, il insiste pour dire qu'il est anglais et Cokney... (voir plus loin)

Selon les auteurs consultés, il aurait débuté dans la chanson en Angleterre vers 1886 (à 17 ans  ?) en se produisant comme chanteur amateur dans des concerts en province, ou encore directement au Middlesex de Londres vers 1887-1888, ou encore comme accompagnateur du chanteur Bruet à Paris vers 1889 ou même au Quat'-z-Arts de François Trombert (en 1893 !).. - Encore là, les pistes sont brouillées.

Fragson, un fils de grenouille et un avaleur de cirque ? C'est bien en effet ce qu'avance Michel Herbert [3] qui en profite pour faire de Fragson un chanteur d'origine montmartroise :"L'un des premiers chansonniers qui débutèrent aux Quat'-z-Arts fut un jeune compositeur glabre et élégant. S'étant présenté pour auditionner, il déclara se nommer Léon Pot, être né à Anvers de père anglais et avoir choisi le pseudonyme de Harry Frogson. Trombert, qui connaissait un peu la langue de Shakespeare, lui fit remarquer ironiquement que "Frogson" se traduisait littéralement par "fils de grenouille". ce qui ne pouvait manquer de ridiculiser le nouveau venu. Celui-ci en convint, et, pour ne pas s'exposer à un pareil risque, se baptisa Harry Fragson."

"Son succès fut mince, poursuit Herbert, car il chantait [à ses débuts] derrière le piano. Quelques mois plus tard, Fragson revient aux Quat'-z-Arts et chante, cette-fois-là, devant le piano, à demi tourné vers les spectateurs. Ceux-ci l'applaudirent à tout rompre."

"Durant tout le temps qu'il resta aux Quat'-z-Arts, poursuit toujours Michel Herbert, Fragson connut auprès de ses camarades chansonniers un succès non moins vif [...]. Il le devait à sa faculté de pouvoir avaler aisément les objets les plus hétéroclites et les moins digestes. Attablé, par exemple, dans la salle du café, et s'y étant fait servir un bock, il découpait à l'ébahissement général, le rond de feutre placé sous sa consommation, le saupoudrait de sel, et le mangeait. Il croquait ensuite le verre, puis souriant, il commandait un second bock pour faire passer le tout..."

Sallée et Chauveau [4] le placent, suite à un examen des programmes des salles parisiennes de l'époque, définitivement à l' Européen vers 1890-1891, à Ba-Ta-Clan vers 1892, au Concert Parisien en 1893, à l'Horloge et à Parisiana en 1894 où  il fait dans le genre "chanteur anglais".

Dominique Jando [5] mentionne qu'il aurait proposé son numéro au Middlesex (cité ci-dessus), en 1885 (il aurait eu alors 16 ans !), mais devant le refus du propriétaire, il aurait traversé la Manche pour tenter sa chance à Paris. - Beau souvenir pour ajouter à la légende mais peu probable.

On sait qu'en 1893, Yvette Guilbert s'éprend d'une de ses chansons, la "Ronde des petits chiens" et qu'elle crée, la même année, sur un de ses arrangements, "Le p'tit cochon" d'Eugène Héros et de Hubbard T. Smith. [6] - Il s'agit peut-être là de la première véritable date du style Fragson.

Vers le milieu de 1894, son nom commence à faire surface. John Culme (voir note 1), citant Bampton Hunt (note 2) mentionne qu'ayant chanté des chansons de Paulus devant Émile Blavet, un collaborateur au Gaulois et au Figaro, ce dernier l'aurait présenté aux Coquelin, à Mounet-Sully et à Réjane et que ce serait Coquelin l'aîné qu'il l'aurait présenté au directeur de La Cigale où il aurait fait ses véritables débuts... - En première partie, peut-être, car on ne retrouve pas de traces de Fragson dans les programmes de ce café-concert.

Diverses autres sources indiquent que c'est à peu près à ce moment-là que Fragson aurait décidé de retourner en Angleterre en tant que chanteur français et qu'il s'y serait fait connaître en l'espace de quelques mois.- La vérité est que Fragson a beaucoup hésité avant de retraverser la Manche et ce n'est qu'en 1905 qu'il s'est finalement décidé enfin à retourner dans son pays "natal" après d'est fait offrir le rôle de Dandini, le valet du Prince dans une comédie musicale basée sur l'histoire de Cendrillon, par l'imprésario anglais Arthur Collins du Drury Lane alors de passage à Paris. [7]

Ce que l'on sait, c'est qu'outre les dates mentionnées ci-dessus, il est à Paris en 1896 où il commence tranquillement à aligner divers succès. En 1897, une certaine renommée vient avec "Les amis de Monsieur" (paroles d'Eugène Héros et Cellarius, musique de lui-même et de Lucien Del) mais son nom ne commence vraiment à sortir des rangs  la même année qu'avec la création de "Les blondes" (paroles de Lucien Delormel, musique de lui, toujours, et d'Adolf Stanislas). -  Dès 1898, le "Roi de la chanson" est un titre que l'on met de plus en plus sur les affiches annonçant ses prestations.

Puis, en 1899, lorsqu'il créé à la Scala "Amours fragiles" (sur des paroles d'Alexandre Trébitsch), il n'y a plus de doute : Fragson est devenu une grande vedette. - À partir de 1900, il n'aura qu'un seul rival : Mayol, le seul qui, treize ans durant, saura aligner, tout comme lui, succès après succès mais tandis que Fragson est à l'aise aux Folies Bergère (de 1902 à 1908), dans les salons et à l'opérette, Mayol n'y réussira pas tout autant et, contrairement à ce dernier, il ne se contentera pas de la France : en 1905, avec le Cendrillon cité ci-dessus, Fragson entamera une deuxième carrière, celle d'un chanteur français, à Londres.

Après ce Cendrillon, il est en effet, dès 1906, au Royalty dans un comédie musicale intitulée Castles in Spain, comédie musicale dont il a composé la musique et qui sera reprise le mois suivant au Terry's Theatre (68 représentations) - de l'inédit !., Il retourne au Drury Lane interpréter Sinbad en 1906 et  Babes in the Wood en 1907 et ne cessera, à partir de ce moment-là, d'être sur toutes les scènes londoniennes.


De 1900 à 1913, en France, tout comme en Angleterre, il composera, créera, enregistrera :   (La musique, sauf indication contraire est de Fragson)

  • 1900 : "Les jaloux" - Paroles de Paul Briollet et Léo Lelièvre
  • 1901 : "L'amour boiteux" - Les mêmes
  • 1902 : "Nous nous plûmes" - Paroles de Georges Sibre
  • 1903 : "Aveux discrets" - Paroles de Paul Briollet et Léo Lelièvre
  • 1904 : "Lison !" - Paroles de Paul Briollet 1905 : "Lettre tendre" - Paroles de Teddy
  • 1905 : "La Parisienne y'a qu'ça" - Paroles de William Burty
  • 1908 : "Dans mon aéroplane" - Paroles d'Henri Christiné et d'Eugène Christien (qu'il chante en anglais vers 1910 sous le titre de "Gay Paree")
  • 1910 : "Je n'peux pas" - Paroles d'Alexandre Trébitsch et d'Henri Christiné
  • 1910 :  "Reviens ! !" - Paroles et musique d'Henri Christiné et de Fragson
  • 1911 : "La Baya" - Paroles de Marcel Heurtebise e musique d'Henri Christiné
  • 1912 : "À la Martinique" - Chanson adapté d'un succès de Georges M. Cohan ("The Belle of the Barber's Ball") par Henri Christiné - voir aussi ici.
  • 1912 : "Je connais une blonde" - Chanson de E. Ray Goetz et de A. Baldwin Sloane ("There's a Girl in Havana") adaptée par Alfredo Nilson-Fysher et Henri Christiné
  • 1913 : "Ah ! C'qu'on s'aimait" - Paroles de Lucien Boyer, musique de Paul Marinier.

À lui seul, "Reviens ! !" assurera son immortalité : Martin Pénet (note 6) ne liste pas moins que 43 enregistrements de cette chanson : de Fragson, lui même, en 1911 à Jean Raphaël en 1967 en passant par : Fred Gouin en 1929, Ray Ventura en 1931, Jeannette MacDonald  et Henri Garat, la même année, Tino Rossi en 1933, Mathé Altéry en 1955, Suzy Delair et Jean Sablon en 1961 et Lina Margy en 1966. - En 1934, le comique de l'heure, Georgius, se permet même d'en faire une parodie avec un "Rentre" pas du tout inintéressant.

(30 enregistrements aussi, de "Ah ! C'qu'on s'aimait" paroles de Lucien Boyer et musique de Paul Marinier - [note 6] - et, à notre connaissance, son enregistrement de "Je connais une blonde" n'a pas cessé d'être disponible, en vinyl, en cassette puis en CD, au cours des trente-cinq dernières années.)

Pour les titres anglais, voir à Music-Hall Masters et également à "À la Martinique" (répertoire Mayol).


Puis c'est la tragédie : Le 30 décembre 1913, rentrant chez lui, vers neuf heures du soir, au 56 de la rue Lafayette à Paris, son père, octogénaire, l'accueille à coups de revolver. - On parle de drame de jalousie, d'une histoire de femmes, d'argent mais le fait est que le père souffre de problèmes psychologiques et est convaincu que son fils veut le placer dans une maison de santé... Il meurt avant d'arriver à l'hôpital de Lariboisière. Ses funérailles sont comparables à celles qu'on a réservées à Victor Hugo. Les actualités de l'époque nous montrent une immense foule autour de Notre-Dame de Lorette avec, suivant son cercueil, Dranem, Mayol, Esther Lekain, Dickson, Polin, Montel, Bérard, Bach, Lucien Boyer, Victor Meusy, Fursy, Roland Dorgelès, Henri Bataille... (voir ici)

Son corps repose peut-être au cimetière de Montparnasse....

Au fait où se trouvent les cendres de Fragson ?

Un de nos plus fidèles lecteurs, Jean-François Chariot, qui, pour ceux qui ne le connaissent pas, est  l'arrière-arrière-petit-fils de Polin, nous informe qu'il a lu, de ses propres yeux lu, un article paru dans la revue Comœdia où l'on parle des obsèques de Fragson et où il est clairement indiqué que l'artiste a été inhumé au cimetière de Montmartre  mais il nous apprend également avoir vu, encore une fois de ses propres yeux vu, au cimetière du Père Lachaise (columbarium) trois plaques se lisant comme suit :

Victor Pot 1830-1914 A Harry Pot dit Fragson né à Londres 1873 décédé à Paris 1913 - Une amie fidèle.

In Memory and ever-loving remembrance of our dear maman L.W. Pot deeply mourned and never forgotten by her beloved son and her husband 1840-1907.

L'existence de ces plaques nous ont récemment été confirmée par Philippe Landru (philandru@aol.com) qui nous a communiqué, une foule de renseignements sur le lieu de sépulture des interprètes, auteurs, compositeurs mentionnés dans ce site.

Évidemment, Fragson ne peut pas reposer à deux endroits en même temps.

(cliquer pour agrandir)

Selon les recherches menées par Bertrand Beyern, un spécialiste du Père Lachaise, cité par Patrick Ramseyer, les cendres de Monsieur Fragson repose bel et bien à cet endroit.

Voir les articles de la revue Comœdia en annexe.


Site de Jean-François Chariot (sur Polin) :

http://perso.wanadoo.fr/appoline/Polin

La fortune de Fragson

À sa mort, laisse derrière lui plus de 40 000 francs-or. Une fortune pour l'époque. - Son père, qui meurt peu de temps après (à Fresnes), ajoute à ce montant quelque 80 000 autres francs puis une tante tout aussi riche en laisse tout autant. - Les trois ne laissant aucun héritier, le tout est mis sous séquestre. Paul Reboux, cité par Caradec † et Weill, (Mémoires) estimait cet héritage, en 1953, à quelque 14 milliards-papier... [8]


Fragson en son temps

Son influence, avec l'apport de Christiné, fut immense car, de l'Angleterre, il a ramené un rythme nouveau, venu des Amériques : le fox-trot, à un moment où la chanson, en France, était valse, marche ou romance.À l'écouter aujourd'hui, sur divers repiquages - le dernier en ligne, en France, est celui de Chansophone (le numéro 142, paru en 1994) -, l'impression générale qui se dégage est celle d'un chanteur dont on a toujours peur que la voix casse avant la fin de la chanson. - Les photos qu'on a de lui nous montrent un chanteur plutôt mince mais à regarder de plus près, surtout devant un piano, on constate très vite qu'il ne s'agissait pas d'un être chétif mais d'un bonhomme relativement musclé. - Et chanter, soirées après soirées, dans de très grandes salles, n'est pas de nature à encourager les moins forts. - De cette voix, Julian Myerscough (voir à  Music-Hall Masters) a su tirer deux Cds un timbre surprenants mais ce volume et ce timbre ne peuvent à eux seuls expliquer le succès de Fragson.Tout comme Mayol, Fragson avait sa façon à lui de chanter et c'est peut-être dans cette façon que le public de l'époque a reconnu en lui un grand artiste :

D'abord, il ne chantait pas debout mais assis, s'accompagnant lui-même au piano ; et puis il mimait ses chansons. - Quelles que soient les critiques que l'on lise de lui (à l'époque), toutes s'entendent pour dire qu'il était un excellent comédien sachant passer d'un personnage à un autre en un clin d'œil. - En sa page sur Fragson, John Cume (voir note 1) cite le cas d'un journaliste anglais, venu à Paris, et à qui Fragson aurait fait croire qu'il était chauffeur de taxi. - La description qui est faite de cette aventure est désopilante. - Dommage que ses prestations (car certaines ont été filmées) restent enfouies dans les voûtes de Gaumont (voir ci-dessous).


Filmographie

Tout comme Mayol, Fragson aurait été filmé dans les phonoscènes d'Alice Guy vers 1906 mais nous n'en avons, à ce jour, retrouvé aucune trace.

En 1912, par contre, il a tourné de et avec Max Linder dans un "deux bobines" (court métrage) intitulé L'entente cordiale - ou aussi Max et l'entente cordiale projeté pour la première fois, à Paris, le 22 novembre 1912. L'histoire de deux amis qui se retrouvent rivaux pour conquérir le cœur d'une femme (Jane Renouart). En voici un court extrait, qui permettra de mesurer l'imposante stature de Fragson.


Et finalement, enfin un livre sur Fragson !

Malheureusement en anglais, mais l'œuvre d'Andrew Lamb et Julian Myerscough, un recherchiste très sérieux.


Notes :

[1] Pour en apprendre un peu plus sur Fragson (site anglophone), voir au site de M. Cume (Foolight Notes). - Dans le menu, à gauche, vers le bas, recherchez Footlight Notes Archive A - H - cliquer sur l'étoile et, dans la liste, cliquer sur Fragson.

[2] Comœdia - Premier janvier 1914. - Merci à Jean-François Chariot pour nous avoir communiqué ce renseignement.

[3] La chanson à Montmartre - La table ronde 1967.

[4] Music-Hall et café-concert, Bordas, 1985

[5] Histoire mondiale du Music-Hall, Jean-Pierre Delarge, 1979

[6] Mémoire de la Chanson - Martin Pénet - Omnibus France Culture, 2001.

[7] "J'ai très peur [de retourner en Angleterre), dit-il à un reporter du Sketch, parce que que, même si je suis Anglais et Cockney par dessus le marché, je n'ai jamais fait face à un auditoire anglais [à cause du] flegme, [du] grand flegme, britannique." (The Sketch, Londres, mercredi le 21 décembre 1904, p.336 - cité par John Culme - Voir note 1.)

[8] Le café-concert - François Caradec † et Alain Weill - Atelier Hachette/Massin, 1980